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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 4
- Ah! monsieur d'Artagnan, vous bravez votre roi!
- Sire...
- Monsieur d'Artagnan, je vous préviens que vous abusez de ma patience.
- Au contraire, Sire.
- Comment, au contraire?
- Je viens me faire arrêter aussi.
- Vous faire arrêter, vous?
- Sans doute. Mon ami va s'ennuyer là-bas, et je viens proposer à Votre Majesté de me permettre de lui faire compagnie; que Votre Majesté dise un mot, et je m'arrête moi-même; je n'aurai pas besoin du capitaine des gardes pour cela, je vous en réponds.
Le roi s'élança vers la table et saisit une plume pour donner l'ordre d'emprisonner d'Artagnan.
- Faites attention que c'est pour toujours, monsieur, s'écria-t- il avec l'accent de la menace.
- J'y compte bien, reprit le mousquetaire; car lorsqu'une fois vous aurez fait ce beau coup-là, vous n'oserez plus me regarder en face.
Le roi jeta sa plume avec violence.
- Allez-vous-en! dit-il.
- Oh! non pas, Sire, s'il plaît à Votre Majesté.
- Comment, non pas?
- Sire, je venais pour parler doucement au roi; le roi s'est emporté, c'est un malheur, mais je n'en dirai pas moins au roi ce que j'ai à lui dire.
- Votre démission, monsieur, s'écria le roi!
- Sire, vous savez que ma démission ne me tient pas au coeur, puisque, à Blois, le jour où Votre Majesté a refusé au roi Charles le million que lui a donné mon ami le comte de La Fère, j'ai offert ma démission au roi.
- Eh bien! alors, faites vite.
- Non, Sire; car ce n'est point de ma démission qu'il s'agit ici; Votre Majesté avait pris la plume pour m'envoyer à la Bastille, pourquoi change-t elle d'avis?
- D'Artagnan! tête gasconne! qui est le roi de vous ou de moi! Voyons.
- C'est vous, Sire, malheureusement.
- Comment, malheureusement?
- Oui, Sire; car, si c'était moi...
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