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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 4
- Mais, Sire, pour que M. le comte de La Fère pût gagner Le Havre et, de là, l'Angleterre.
- Vous me trahissiez donc, alors, monsieur? s'écria le roi étincelant de fierté sauvage.
- Parfaitement.
Il n'y avait rien à répondre à des articulations faites sur ce ton. Le roi sentit une si rude résistance, qu'il s'étonna.
- Vous aviez au moins une raison, monsieur d'Artagnan, quand vous agissiez ainsi? interrogea le roi avec majesté.
- J'ai toujours une raison, Sire.
- Ce n'est pas la raison de l'amitié, au moins, la seule que vous puissiez faire valoir, la seule qui puisse vous excuser, car je vous avais mis bien à l'aise sur ce chapitre.
- Moi, Sire?
- Ne vous ai-je pas laissé le choix d'arrêter ou de ne pas arrêter M. le comte de La Fère?
- Oui, Sire; mais...
- Mais quoi? interrompit le roi impatient.
- Mais en me prévenant, Sire, que, si je ne l'arrêtais pas, votre capitaine des gardes l'arrêterait, lui.
- Ne vous faisais-je pas la partie assez belle, du moment où je ne vous forçais pas la main?
- À moi, oui, Sire; à mon ami, non.
- Non?
- Sans doute, puisque, par moi ou par le capitaine des gardes, mon ami était toujours arrêté.
- Et voilà votre dévouement, monsieur? un dévouement qui raisonne, qui choisit? Vous n'êtes pas un soldat, monsieur!
- J'attends que Votre Majesté me dise ce que je suis.
- Eh bien! vous êtes un frondeur!
- Depuis qu'il n'y a plus de Fronde, alors, Sire...
- Mais, si ce que vous dites est vrai...
- Ce que je dis est toujours vrai, Sire.
- Que venez-vous faire ici? Voyons.
- Je viens ici dire au roi: Sire, M. de La Fère est à la Bastille...
- Ce n'est point votre faute, à ce qu'il paraît.
- C'est vrai, Sire, mais enfin, il y est, et, puisqu'il y est, il est important que Votre Majesté le sache.
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