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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 4
- Oui; c'est un homme en habit gris.
- Qu'en dites-vous?
- Je ne sais trop; c'est, comme je vous le dis, un homme en habit gris qui descend de carrosse: voilà tout.
- Athos, je gagerais que c'est lui.
- Qui lui?
- Aramis.
- Aramis arrêté? Impossible!
- Je ne vous dis pas qu'il est arrêté, puisque nous le voyons seul dans son carrosse.
- Alors, que fait-il ici?
- Oh! il connaît Baisemeaux, le gouverneur, répliqua le mousquetaire d'un ton sournois. Ma foi! nous arrivons à temps!
- Pour quoi faire?
- Pour voir.
- Je regrette fort cette rencontre; Aramis, en me voyant, va prendre de l'ennui, d'abord de me voir, ensuite d'être vu.
- Bien raisonné.
- Malheureusement, il n'y a pas de remède quand on rencontre quelqu'un dans la Bastille; voulût-on reculer pour l'éviter, c'est impossible.
- Je vous dis, Athos, que j'ai mon idée; il s'agit d'épargner à Aramis l'ennui dont vous parliez.
- Comment faire?
- Comme je vous dirai, ou, pour mieux m'expliquer, laissez-moi conter la chose à ma façon; je ne vous recommanderai pas de mentir, cela vous serait impossible.
- Eh bien! alors?
- Eh bien! je mentirai pour deux; c'est si facile avec la nature et l'habitude du Gascon!
Athos sourit. Le carrosse s'arrêta où s'était arrêté celui que nous venons de signaler, sur le seuil du Gouvernement même.
- C'est entendu? fit d'Artagnan bas à son ami.
Athos consentit par un geste. Ils montèrent l'escalier. Si l'on s'étonne de la facilité avec laquelle ils étaient entrés dans la Bastille, on se souviendra qu'en entrant, c'est-à-dire au plus difficile, d'Artagnan avait annoncé qu'il amenait un prisonnier d'État.
À la troisième porte, au contraire, c'est-à-dire une fois bien entré, il dit seulement au factionnaire:
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