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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 4
Le prince se retourna au moment où Raoul, pour le laisser seul avec Athos, fermait la porte et s'apprêtait à passer avec les officiers dans une salle voisine.
- C'est là ce jeune garçon que j'ai tant entendu vanter par M. le prince? demanda M. de Beaufort.
- C'est lui, oui, monseigneur.
- C'est un soldat! Il n'est pas de trop, gardez-le, comte.
- Restez, Raoul, puisque Monseigneur le permet, dit Athos.
- Le voilà grand et beau, sur ma foi! continua le duc. Me le donnerez vous, monsieur, si je vous le demande?
- Comment l'entendez-vous, monseigneur, dit Athos.
- Oui, je viens ici pour vous faire mes adieux.
- Vos adieux, monseigneur?
- Oui, en vérité. N'avez-vous aucune idée de ce que je vais devenir?
- Mais ce que vous avez toujours été, monseigneur, un vaillant prince et un excellent gentilhomme.
- Je vais devenir un prince d'Afrique, un gentilhomme bédouin. Le roi m'envoie pour faire des conquêtes chez les Arabes.
- Que dites-vous là, monseigneur?
- C'est étrange, n'est-ce pas? Moi, le Parisien par essence, moi qui ai régné sur les faubourgs et qu'on appelait le roi des Halles, je passe de la place Maubert aux minarets de Djidgelli; je me fais de frondeur aventurier!
- Oh! monseigneur, si vous ne me disiez pas cela...
- Ce ne serait pas croyable, n'est-il pas vrai? Croyez moi cependant, et disons-nous adieu. Voilà ce que c'est que de rentrer en faveur.
- En faveur?
- Oui. Vous souriez? Ah! Cher comte, savez-vous pourquoi j'aurais accepté? le savez-vous bien?
- Parce que Votre Altesse aime la gloire avant tout.
- Oh! non, ce n'est pas glorieux, voyez-vous, d'aller tirer le mousquet contre ces sauvages. La gloire, je ne la prends pas par là, moi, et il est plus probable que j'y trouverai autre chose... Mais j'ai voulu et je veux, entendez-vous bien, mon cher comte? que ma vie ait cette dernière facette après tous les bizarres miroitements que je me suis vu faire depuis cinquante ans. Car enfin, vous l'avouerez, c'est assez étrange d'être né fils de roi, d'avoir fait la guerre à des rois, d'avoir compté parmi les puissances dans le siège, d'avoir bien tenu son rang, de sentir son Henri IV, d'être grand amiral de France, et d'aller se faire tuer à Djidgelli, parmi tous ces Turcs, Sarrasins et Mauresques.
- Monseigneur, vous insistez étrangement sur ce sujet, dit Athos troublé. Comment supposez-vous qu'une
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