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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 4

Ce dernier les vit sur le grand chemin s'allonger dans l'ombre avec leurs manteaux blancs. Pareils à deux
fantômes, ils grandissaient en s'éloignant de terre, et ce n'est pas dans la brume, dans la pente du sol qu'ils

se perdirent: à bout de perspective, tous deux semblèrent avoir donné du pied un élan qui les faisait

disparaître évaporés dans les nuages.

Alors Athos, le coeur serré, retourna vers la maison en disant à Bragelonne:

- Raoul, je ne sais quoi vient de me dire que j'avais vu ces deux hommes pour la dernière fois.

- Il ne m'étonne pas, monsieur, que vous ayez cette pensée, répondit le jeune homme, car je l'ai en ce
moment même, et moi aussi, je pense que je ne verrai plus jamais MM. du Vallon et d'Herblay.

- Oh! vous, reprit le comte, vous me parlez en homme attristé par une autre cause, vous voyez tout en
noir; mais vous êtes jeune; et s'il vous arrive de ne plus voir ces vieux amis, c'est qu'ils ne seront plus du

monde où vous avez bien des années à passer. Mais, moi...

Raoul secoua doucement la tête, et s'appuya sur l'épaule du comte, sans que ni l'un ni l'autre trouvât un
mot de plus en son coeur, plein à déborder.

Tout à coup, un bruit de chevaux et de voix, à l'extrémité de la route de Blois, attira leur attention de ce
côté.

Des porte-flambeaux à cheval secouaient joyeusement leurs torches sur les arbres de la route, et se
retournaient de temps en temps pour ne pas distancer les cavaliers qui les suivaient.

Ces flammes, ce bruit, cette poussière d'une douzaine de chevaux richement caparaçonnés, firent un
contraste étrange au milieu de la nuit avec la disparition sourde et funèbre des deux ombres de Porthos et

d'Aramis.

Athos rentra chez lui.

Mais il n'avait pas gagné son parterre, que la grille d'entrée parut s'enflammer; tous ces flambeaux
s'arrêtèrent et embrasèrent la route. Un cri retentit:

- M. le duc de Beaufort!

Et Athos s'élança vers la porte de sa maison.

Déjà le duc était descendu de cheval et cherchait des yeux autour de lui.

- Me voici, monseigneur, fit Athos.

- Eh! bonsoir, cher comte, répliqua le prince avec cette franche cordialité qui lui gagnait tous les coeurs.
Est-il trop tard pour un ami?

- Ah! mon prince, entrez, dit le comte.

Et, M. de Beaufort s'appuyant sur le bras d'Athos ils entrèrent dans la maison, suivis de Raoul, qui
marchait respectueusement et modestement parmi les officiers du prince, au nombre desquels il comptait

plusieurs amis.

Chapitre CCXXXIII - M. de Beaufort

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