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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 4
enfant, M. d'Herblay n'est pas assez inepte, pour avoir oublié de faire toutes ces réflexions, et, si j'eusse voulu faire un nouveau roi, comme vous dites, je n'avais aucun besoin de venir forcer les portes de la Bastille pour vous en tirer. Cela tombe sous le sens. Votre Majesté a l'esprit troublé par la colère. Autrement, elle n'offenserait pas sans raison, celui de ses serviteurs qui lui a rendu le plus important service.
Louis s'aperçut qu'il avait été trop loin, que les portes de la Bastille étaient encore fermées sur lui, tandis que s'ouvraient peu à peu les écluses derrière lesquelles ce généreux Fouquet contenait sa colère.
- Je n'ai pas dit cela pour vous humilier. À Dieu ne plaise! monsieur! répliqua-t-il. Seulement, vous vous adressez à moi pour obtenir une grâce, et je vous réponds selon ma conscience; or, suivant ma conscience, les coupables dont nous parlons ne sont pas dignes de grâce ni de pardon.
Fouquet ne répliqua rien.
- Ce que je fais là, ajouta le roi, est généreux comme ce que vous avez fait; car je suis en votre pouvoir. Je dirai même que c'est plus généreux, attendu que vous me placez en face de conditions d'où peuvent dépendre ma liberté, ma vie, et que refuser, c'est en faire le sacrifice.
- J'ai tort, en effet, répondit Fouquet. Oui, j'avais l'air d'extorquer une grâce; je me repens, je demande pardon à Votre Majesté.
- Et vous êtes pardonné, mon cher monsieur Fouquet, fit le roi avec un sourire qui acheva de ramener la sérénité sur son visage, que tant d'événements avaient altéré depuis la veille.
- J'ai ma grâce, reprit obstinément le ministre; mais MM. d'Herblay et du Vallon?
- N'obtiendront jamais la leur, tant que je vivrai, répliqua le roi inflexible. Rendez-moi le service de ne m'en plus parler.
- Votre Majesté sera obéie.
- Et vous ne m'en conserverez pas rancune?
- Oh! non, Sire; car j'avais prévu le cas.
- Vous aviez prévu que je refuserais la grâce de ces messieurs?
- Assurément, et toutes mes mesures étaient prises en conséquence.
- Qu'entendez-vous dire? s'écria le roi surpris.
- M. d'Herblay venait, pour ainsi dire, se livrer en mes mains. M. d'Herblay me laissait le bonheur de sauver mon roi et mon pays. Je ne pouvais condamner M. d'Herblay à la mort. Je ne pouvais non plus l'exposer au courroux très légitime de Votre Majesté. C'eût été la même chose que de le tuer moi-même.
- Eh bien! qu'avez-vous fait?
- Sire, j'ai donné à M. d'Herblay mes meilleurs chevaux, et ils ont quatre heures d'avance sur tous ceux que Votre Majesté pourra envoyer après lui.
- Soit! murmura le roi; mais le monde est assez grand pour que mes coureurs gagnent sur vos chevaux les
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