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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 4

- Non, Porthos a son écurie. Adieu! adieu!

Les deux fugitifs montèrent à cheval sous les yeux du capitaine des mousquetaires, qui tint l'étrier à
Porthos et accompagna ses amis du regard, jusqu'à ce qu'il les eût vus disparaître.

«En toute autre occasion, pensa le Gascon, je dirais que ces gens-là se sauvent; mais, aujourd'hui, la
politique est si changée, que cela s'appelle aller en mission. Je le veux bien. Allons à nos affaires.»

Et il rentra philosophiquement à son logis.

Chapitre CCXXVIII - Comment la consigne était respectée à la Bastille

Fouquet brûlait le pavé. Chemin faisant, il s'agitait d'horreur à l'idée de ce qu'il venait d'apprendre.

Qu'était donc, pensait-il, la jeunesse de ces hommes prodigieux, qui, dans l'âge déjà faible, savent encore
composer des plans pareils et les exécuter sans sourciller?

Parfois, il se demandait si tout ce qu'Aramis lui avait conté n'était point un rêve, si la fable n'était pas le
piège lui-même, et si, en arrivant à la Bastille, lui, Fouquet, il n'allait pas trouver un ordre d'arrestation

qui l'enverrait rejoindre le roi détrôné.

Dans cette idée, il donna quelques ordres cachetés sur sa route, tandis qu'on attelait les chevaux. Ces
ordres s'adressaient à M. d'Artagnan et à tous les chefs de corps dont la fidélité ne pouvait être suspecte.

«De cette façon, se dit Fouquet, prisonnier ou non, j'aurai rendu le service que je dois à la cause de
l'honneur. Les ordres n'arriveront qu'après moi si je reviens libre, et, par conséquent, on ne les aura pas

décachetés. Je les reprendrai. Si je tarde, c'est qu'il me sera arrivé malheur. Alors j'aurai du secours pour

moi et pour le roi.»

C'est ainsi préparé qu'il arriva devant la Bastille. Le surintendant avait fait cinq lieues et demie à l'heure.

Tout ce qui n'était jamais arrivé à Aramis arriva dans la Bastille à M. Fouquet. M. Fouquet eut beau se
nommer, il eut beau se faire reconnaître, il ne put jamais être introduit.

À force de solliciter, de menacer, d'ordonner, il décida un factionnaire à prévenir un bas officier qui
prévint le major. Quant au gouverneur, on n'eût pas même osé le déranger pour cela.

Fouquet, dans son carrosse, à la porte de la forteresse, rongeait son frein et attendait le retour de ce bas
officier, qui reparut enfin d'un air assez maussade.

- Eh bien! dit Fouquet impatiemment, qu'a dit le major?

- Eh bien! monsieur répliqua le soldat, M. le major m'a ri au nez. Il m'a dit que M. Fouquet est à
Vaux, et que, fût-il à Paris, M. Fouquet ne se lèverait pas à l'heure qu'il est.

- Mordieu! vous êtes un troupeau de drôles! s'écria le ministre en s'élançant hors du carrosse.

Et, avant que le bas officier eût le temps de fermer la porte, Fouquet s'introduisit par la fente, et courut en
avant, malgré les cris du soldat qui appelait à l'aide.

Fouquet gagnait du terrain, peu soucieux des cris de cet homme, lequel, ayant enfin joint Fouquet, répéta
à la sentinelle de la seconde porte:

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