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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 4

Aramis faillit s'attendrir en l'écoutant parler. Il crut sentir dans son coeur un mouvement jusqu'alors
inconnu; mais cette impression s'effaça bien vite.

«Son père! pensa-t-il. Oui, Saint-Père!»

Et ils reprirent place dans le carrosse, qui courut rapidement sur la route de Vaux-le-Vicomte.

Chapitre CCXVII - Le château de Vaux-le-Vicomte

Le château de Vaux-le-Vicomte, situé à une lieue de Melun, avait été bâti par Fouquet en 1656. Il n'y
avait alors que peu d'argent en France. Mazarin avait tout pris, et Fouquet dépensait le reste. Seulement,

comme certains hommes ont les défauts féconds et les vices utiles, Fouquet, en semant les millions dans

ce palais, avait trouvé le moyen de récolter trois hommes illustres: Le Vau, architecte de l'édifice, Le

Nôtre, dessinateur des jardins, et Le Brun, décorateur des appartements.

Si le château de Vaux avait un défaut qu'on pût lui reprocher, c'était son caractère grandiose et sa
gracieuse magnificence, il est encore proverbial aujourd'hui de nombrer les arpents de sa toiture, dont la

réparation est de nos jours la ruine des fortunes rétrécies comme toute l'époque.

Vaux-le-Vicomte, quand on a franchi sa large grille, soutenue par des cariatides, développe son principal
corps de logis dans la vaste cour d'honneur, ceinte de fossés profonds que borde un magnifique balustre

de pierre. Rien de plus noble que l'avant- corps du milieu, hissé sur son perron comme un roi sur son

trône, ayant autour de lui quatre pavillons qui forment les angles, et dont les immenses colonnes ioniques

s'élèvent majestueusement à toute la hauteur de l'édifice. Les frises ornées d'arabesques, les frontons

couronnant les pilastres donnent partout la richesse et la grâce. Les dômes, surmontant le tout, donnent

l'ampleur et la majesté.

Cette maison, bâtie par un sujet, ressemble bien plus à une maison royale que ces maisons royales dont
Wolsey se croyait forcé de faire présent à son maître de peur de le rendre jaloux.

Mais, si la magnificence et le goût éclatent dans un endroit spécial de ce palais, si quelque chose peut
être préféré à la splendide ordonnance des intérieurs, au luxe des dorures, à la profusion des peintures et

des statues, c'est le parc, ce sont les jardins de Vaux. Les jets d'eau, merveilleux en 1653, sont encore des

merveilles aujourd'hui, les cascades faisaient l'admiration de tous les rois et de tous les princes, et quant à

la fameuse grotte, thème de tant de vers fameux, séjour de cette illustre nymphe de Vaux que Pélisson fit

parler avec La Fontaine, on nous dispensera d'en décrire toutes les beautés, car nous ne voudrions pas

réveiller pour nous ces critiques que méditait alors Boileau:

Ce ne sont que festons, ce ne sont qu'astragales. ........................ Et je me sauve à
peine au travers du jardin.

Nous ferons comme Despréaux, nous entrerons dans ce parc âgé de huit ans seulement, et dont les cimes,
déjà superbes, s'épanouissaient rougissantes aux premiers rayons du soleil. Le Nôtre avait hâté le plaisir

de Mécène; toutes les pépinières avaient donné des arbres doublés par la culture et les actifs engrais. Tout

arbre du voisinage qui offrait un bel espoir avait été enlevé avec ses racines, et planté tout vif dans le

parc. Fouquet pouvait bien acheter des arbres pour orner son parc, puisqu'il avait acheté trois villages et

leurs contenances pour l'agrandir.

M. de Scudéry dit de ce palais que, pour l'arroser, M. Fouquet avait divisé une rivière en mille fontaines
et réuni mille fontaines en torrents. Ce M. de Scudéry en dit bien d'autres dans sa Clélie sur ce

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