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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 3
- Mais, monsieur le baron, je n'ai ni château, ni parc, ni prés, ni bois.
- Qu'as-tu donc, demanda Porthos, et pourquoi nommes-tu cela une campagne, alors?
- Je n'ai point dit une campagne, monsieur le baron, répliqua Planchet un peu humilié, mais un simple pied-à-terre.
- Ah! ah! fit Porthos, je comprends; tu te réserves.
- Non, monsieur le baron, je dis la bonne vérité: j'ai deux chambres d'amis, voilà tout.
- Mais alors, dans quoi se promènent-ils, tes amis?
- D'abord, dans la forêt du roi, qui est fort belle.
- Le fait est que la forêt est belle, dit Porthos, presque aussi belle que ma forêt du Berri.
Planchet ouvrit de grands yeux.
- Vous avez une forêt dans le genre de la forêt de Fontainebleau, monsieur le baron? balbutia-t-il.
- Oui, j'en ai même deux; mais celle du Berri est ma favorite.
- Pourquoi cela? demanda gracieusement Planchet.
- Mais, d'abord, parce que je n'en connais pas la fin; et, ensuite, parce qu'elle est pleine de braconniers.
- Et comment cette profusion de braconniers peut-elle vous rendre cette forêt si agréable?
- En ce qu'ils chassent mon gibier et que, moi, je les chasse, ce qui, en temps de paix, est en petit, pour moi, une image de la guerre.
On en était à ce moment de la conversation, lorsque Planchet, levant le nez, aperçut les premières maisons de Fontainebleau qui se dessinaient en vigueur sur le ciel, tandis qu'au-dessus de la masse compacte et informe s'élançaient les toits aigus du château, dont les ardoises reluisaient à la lune comme les écailles d'un immense poisson.
- Messieurs, dit Planchet, j'ai l'honneur de vous annoncer que nous sommes arrivés à Fontainebleau.
Chapitre CXLIV - La campagne de Planchet
Les cavaliers levèrent la tête et virent que l'honnête Planchet disait l'exacte vérité.
Dix minutes après, ils étaient dans la rue de Lyon, de l'autre côté de l'Auberge du Beau-Paon.
Une grande haie de sureaux touffus, d'aubépines et de houblons formait une clôture impénétrable et noire, derrière laquelle s'élevait une maison blanche à large toit de tuiles.
Deux fenêtres de cette maison donnaient sur la rue.
Toutes deux étaient sombres.
Entre les deux, une petite porte surmontée d'un auvent soutenu par des pilastres y donnait entrée.
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