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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 3

Le roi descendit l'escalier et s'apprêta à traverser la cour.

- Sire, dit d'Artagnan, Votre Majesté se trompe de chemin.

- Non, je vais aux écuries.

- Inutile, Sire, j'ai des chevaux tout prêts pour Votre Majesté.

Le roi ne répondit à son serviteur que par un regard; mais ce regard promettait plus que l'ambition de
trois d'Artagnan n'eût osé espérer.

Chapitre CLXVIII - Chaillot

Quoiqu'on ne les eût point appelés, Manicamp et Malicorne avaient suivi le roi et d'Artagnan.

C'étaient deux hommes fort intelligents; seulement, Malicorne arrivait souvent trop tôt par ambition;
Manicamp arrivait souvent trop tard par paresse.

Cette fois, ils arrivèrent juste.

Cinq chevaux étaient préparés.

Deux furent accaparés par le roi et d'Artagnan; deux par Manicamp et Malicorne. Un page des écuries
monta le cinquième. Toute la cavalcade partit au galop.

D'Artagnan avait bien réellement choisi les chevaux lui-même; de véritables chevaux d'amants en peine;
des chevaux qui ne couraient pas, qui volaient.

Dix minutes après le départ, la cavalcade, sous la forme d'un tourbillon de poussière, arrivait à Chaillot.

Le roi se jeta littéralement à bas de son cheval. Mais, si rapidement qu'il accomplît cette manoeuvre, il
trouva d'Artagnan à la bride de sa monture.

Le roi fit au mousquetaire un signe de remerciement, et jeta la bride au bras du page.

Puis il s'élança dans le vestibule, et, poussant violemment la porte, il entra dans le parloir.

Manicamp, Malicorne et le page demeurèrent dehors; d'Artagnan suivit son maître.

En entrant dans le parloir, le premier objet qui frappa le roi fut Louise, non pas à genoux, mais couchée
au pied d'un grand crucifix de pierre.

La jeune fille était étendue sur la dalle humide, et à peine visible, dans l'ombre de cette salle, qui ne
recevait le jour que par une étroite fenêtre grillée et toute voilée par des plantes grimpantes.

Elle était seule, inanimée, froide comme la pierre sur laquelle reposait son corps.

En l'apercevant ainsi, le roi la crut morte, et poussa un cri terrible qui fit accourir d'Artagnan.

Le roi avait déjà passé un bras autour de son corps. D'Artagnan aida le roi à soulever la pauvre femme,
que l'engourdissement de la mort avait déjà saisie.

Le roi la prit entièrement dans ses bras, réchauffa de ses baisers ses mains et ses tempes glacées.

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