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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 3

- Oh! ils comprendront. Votre Majesté pourra aussi glisser quelques mots de certains pamphlets qui
courent.

- Jamais! Les pamphlets salissent ceux qui les écrivent, bien plus que ceux contre lesquels on les a écrits.
Monsieur Colbert, je vous remercie, vous pouvez vous retirer.

- Sire!

- Adieu! N'oubliez pas l'heure et soyez là.

- Sire, j'attends la liste de Votre Majesté.

- C'est vrai.

Le roi se mit à rêver; il ne pensait pas du tout à cette liste. La pendule sonnait onze heures et demie.

On voyait sur le visage du prince le combat terrible de l'orgueil et de l'amour.

La conversation politique avait éteint beaucoup d'irritation chez Louis, et le visage pâle, altéré de La
Vallière parlait à son imagination un bien autre langage que les médailles hollandaises ou les pamphlets

bataves.

Il demeura dix minutes à se demander s'il fallait ou s'il ne fallait pas retourner chez La Vallière; mais,
Colbert ayant insisté respectueusement pour avoir la liste, le roi rougit de penser à l'amour quand les

affaires commandaient.

Il dicta donc:

- La reine-mère... la reine... Madame... Mme de Motteville... Mlle de Châtillon... Mme de Navailles. Et
en hommes: Monsieur... M. le prince... M. de Grammont... M. de Manicamp... M. de Saint- Aignan... et

les officiers de service.

- Les ministres? dit Colbert.

- Cela va sans dire, et les secrétaires.

- Sire, je vais tout préparer: les ordres seront à domicile demain.

- Dites aujourd'hui, répliqua tristement Louis.

Minuit sonnait.

C'était l'heure où se mourait de chagrin, de souffrances, la pauvre La Vallière.

Le service du roi entra pour son coucher. La reine attendait depuis une heure.

Louis passa chez elle avec un soupir; mais, tout en soupirant, il se félicitait de son courage. Il
s'applaudissait d'être ferme en amour comme en politique.

Chapitre CLXVII - Les ambassadeurs

D'Artagnan, à peu de chose près, avait appris tout ce que nous venons de raconter; car il avait, parmi ses
amis, tous les gens utiles de la maison, serviteurs officieux, fiers d'être salués par le capitaine des

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