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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 3
maître en France. À ce maître est dû le concours de toute force et de toute pensée. Je ne souffrirai pas qu'on enlève à mon fils un de ses serviteurs.
Elle se tourna vers la jeune reine.
- Que faire à cette La Vallière? dit-elle.
- La Vallière? fit la reine paraissant surprise. Je ne connais pas ce nom.
Et cette réponse fut accompagnée d'un de ces sourires glacés qui vont seulement aux bouches royales.
Madame était elle-même une grande princesse, grande par l'esprit, la naissance et l'orgueil; toutefois, le poids de cette réponse l'écrasa; elle fut obligée d'attendre un moment pour se remettre.
- C'est une de mes filles d'honneur, répliqua-t-elle avec un salut.
- Alors, répliqua Marie-Thérèse du même ton, c'est votre affaire, ma soeur... non la nôtre.
- Pardon, reprit Anne d'Autriche, c'est mon affaire, à moi. Et je comprends fort bien, poursuivit-elle en adressant à Madame un regard d'intelligence, je comprends pourquoi Madame m'a dit ce qu'elle vient de me dire.
- Vous, ce qui émane de vous, madame, dit la princesse anglaise, sort de la bouche de la Sagesse.
- En renvoyant cette fille dans son pays, dit Marie-Thérèse avec douceur, on lui ferait une pension.
- Sur ma cassette! s'écria vivement Madame.
- Non, non, madame, interrompit Anne d'Autriche, pas d'éclat, s'il vous plaît. Le roi n'aime pas qu'on fasse parler mal des dames. Que tout ceci, s'il vous plaît, s'achève en famille.
- Madame, vous aurez l'obligeance de faire mander ici cette fille.
- Vous, ma fille, vous serez assez bonne pour rentrer un moment chez vous.
Les prières de la vieille reine étaient des ordres. Marie-Thérèse se leva pour rentrer dans son appartement, et Madame pour faire appeler La Vallière par un page.
Chapitre CLXIII - Première querelle
La Vallière entra chez la reine mère, sans se douter le moins du monde qu'il se fût tramé contre elle un complot dangereux.
Elle croyait qu'il s'agissait du service, et jamais la reine mère n'avait été mauvaise pour elle en pareille circonstance. D'ailleurs, ne ressortissant pas immédiatement à l'autorité d'Anne d'Autriche, elle ne pouvait avoir avec elle que des rapports officieux, auxquels sa propre complaisance et le rang de l'auguste princesse lui faisaient un devoir de donner toute la bonne grâce possible.
Elle s'avança donc vers la reine mère avec ce sourire placide et doux qui faisait sa principale beauté.
Comme elle ne s'approchait pas assez, Anne d'Autriche lui fit signe de venir jusqu'à sa chaise.
Alors Madame rentra, et, d'un air parfaitement tranquille, s'assit près de sa belle-mère, en reprenant l'ouvrage commencé par Marie-Thérèse.
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