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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 3

Le vin pétillant d'Anjou fit des trois hommes trois diables d'abord, trois soliveaux ensuite.

D'Artagnan n'eut que la force de prendre un bougeoir pour éclairer à Planchet son propre escalier.

Planchet traîna Porthos, que poussait Trüchen, fort joviale aussi de son côté.

Ce fut d'Artagnan qui trouva les chambres et découvrit les lits. Porthos se plongea dans le sien, déshabillé
par son ami le mousquetaire.

D'Artagnan se jeta sur le sien en disant:

- Mordioux! j'avais cependant juré de ne plus toucher à ce vin jaune qui sent la pierre à fusil. Fi! si les
mousquetaires voyaient leur capitaine dans un pareil état!

Et, tirant les rideaux du lit:

- Heureusement qu'ils ne me verront pas, ajouta-t-il.

Planchet fut enlevé dans les bras de Trüchen, qui le déshabilla et ferma rideaux et portes.

- C'est divertissant, la campagne, dit Porthos en allongeant ses jambes qui passèrent à travers le bois du
lit, ce qui produisit un écroulement énorme auquel nul ne prit garde, tant on s'était diverti à la campagne

de Planchet.

Tout le monde ronflait à deux heures de l'après minuit.

Chapitre CXLV - Ce que l'on voit de la maison de Planchet

Le lendemain trouva les trois héros dormant du meilleur coeur.

Trüchen avait fermé les volets en femme qui craint, pour des yeux alourdis, la première visite du soleil
levant.

Aussi faisait-il nuit noire sous les rideaux de Porthos et sous le baldaquin de Planchet, quand d'Artagnan,
réveillé le premier, par un rayon indiscret qui perçait les fenêtres, sauta à bas du lit, comme pour arriver

le premier à l'assaut.

Il prit d'assaut la chambre de Porthos, voisine de la sienne.

Ce digne Porthos dormait comme un tonnerre gronde; il étalait fièrement dans l'obscurité son torse
gigantesque, et son poing gonflé pendait hors du lit sur le tapis de pieds.

D'Artagnan réveilla Porthos, qui frotta ses yeux d'assez bonne grâce.

Pendant ce temps, Planchet s'habillait et venait recevoir, aux portes de leurs chambres, ses deux hôtes
vacillants encore de la veille.

Bien qu'il fût encore matin, toute la maison était déjà sur pied. La cuisinière massacrait sans pitié dans la
basse-cour, et le père Célestin cueillait des cerises dans le jardin.

Porthos, tout guilleret, tendit une main à Planchet, et d'Artagnan demanda la permission d'embrasser
Mme Trüchen.

Celle-ci, qui ne gardait pas rancune aux vaincus, s'approcha de Porthos, auquel la même faveur fut

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