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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 2

- Mais sois franc.

- Comme toujours.

- Sais-tu pourquoi Buckingham était si furieux?

- Je m'en doute.

- Il aime Madame, n'est-ce pas?

- Du moins on en jurerait, à le voir.

- Eh bien! il n'en est rien.

- Oh! cette fois, tu te trompes, Raoul, et j'ai bien lu sa peine dans ses yeux, dans son geste, dans toute sa
vie depuis ce matin.

- Tu es poète, mon cher comte, et partout tu vois de la poésie.

- Je vois surtout l'amour.

- Où il n'est pas.

- Où il est.

- Voyons, de Guiche, tu crois ne pas te tromper?

- Oh! j'en suis sûr! s'écria vivement le comte.

- Dis-moi, comte, demanda Raoul avec un profond regard, qui te rend si clairvoyant?

- Mais, répondit de Guiche en hésitant, l'amour-propre.

- L'amour-propre! c'est un mot bien long, de Guiche.

- Que veux-tu dire?

- Je veux dire, mon ami, que d'ordinaire tu es moins triste que ce soir.

- La fatigue.

- La fatigue?

- Oui.

- Écoute, cher ami, nous avons fait campagne ensemble, nous nous sommes vus à cheval pendant
dix-huit heures; trois chevaux, écrasés de lassitude ou mourant de faim, tombaient sous nous, que nous

riions encore. Ce n'est point la fatigue qui te rend triste, comte.

- Alors, c'est la contrariété.

- Quelle contrariété?

- Celle de ce soir.

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