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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 2
En ce moment, et comme la déesse Discorde allait, enflammant les esprits, tourner toutes les épées contre des poitrines humaines, Raoul posa doucement sa main sur l'épaule de Buckingham.
- Un mot, milord, dit-il.
- Mon droit! mon droit d'abord! s'écria le fougueux jeune homme.
- C'est justement sur ce point que je vais avoir l'honneur de vous entretenir, dit Raoul.
- Soit, mais pas de longs discours, monsieur.
- Une seule question; vous voyez qu'on ne peut pas être plus bref.
- Parlez, j'écoute.
- Est-ce vous ou M. le duc d'Orléans qui allez épouser la petite-fille du roi Henri IV?
- Plaît-il? demanda Buckingham en se reculant tout effaré.
- Répondez-moi, je vous prie, monsieur, insista tranquillement Raoul.
- Votre intention est-elle de me railler, monsieur? demanda Buckingham.
- C'est toujours répondre, monsieur, et cela me suffit. Donc, vous l'avouez, ce n'est pas vous qui allez épouser la princesse d'Angleterre.
- Vous le savez bien, monsieur, ce me semble.
- Pardon, mais c'est que, d'après votre conduite, la chose n'était plus claire.
- Voyons, au fait, que prétendez-vous dire, monsieur?
Raoul se rapprocha du duc.
- Vous avez, dit-il en baissant la voix, des fureurs qui ressemblent à des jalousies; savez-vous cela, milord? or, ces jalousies, à propos d'une femme, ne vont point à quiconque n'est ni son amant, ni son époux; à bien plus forte raison, je suis sûr que vous comprendrez cela, milord, quand cette femme est une princesse.
- Monsieur, s'écria Buckingham, insultez-vous Madame Henriette?
- C'est vous, répondit froidement Bragelonne, c'est vous qui l'insultez, milord, prenez-y garde. Tout à l'heure, sur le vaisseau amiral, vous avez poussé à bout la reine et lassé la patience de l'amiral. Je vous observais, milord, et vous ai cru fou d'abord; mais depuis j'ai deviné le caractère réel de cette folie.
- Monsieur!
- Attendez, car j'ajouterai un mot. J'espère être le seul parmi les Français qui l'ait deviné.
- Mais, savez-vous, monsieur, dit Buckingham frissonnant de colère et d'inquiétude à la fois, savez-vous que vous tenez là un langage qui mérite répression?
- Pesez vos paroles, milord, dit Raoul avec hauteur; je ne suis pas d'un sang dont les vivacités se laissent réprimer; tandis qu'au contraire, vous, vous êtes d'une race dont les passions sont suspectes aux bons
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