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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 2

- Non, c'est M. de Guiche, son favori, voilà tout.

À cette réponse, la princesse avait été forcée de contenir l'instinctive bienveillance provoquée par
l'audace du comte. Ce fut au moment où la princesse faisait cette question que de Guiche, osant enfin

lever les yeux sur elle, put comparer l'original au portrait.

Lorsqu'il vit ce visage pâle, ces yeux animés, ces adorables cheveux châtains, cette bouche frémissante et
ce geste si éminemment royal qui semblait remercier et encourager tout à la fois, il fut saisi d'une telle

émotion, que, sans Raoul, qui lui prêta son bras, il eût chancelé.

Le regard étonné de son ami, le geste bienveillant de la reine, rappelèrent de Guiche à lui.

En peu de mots, il expliqua sa mission, dit comment il était l'envoyé de Monsieur, et salua, selon leur
rang et les avances qu'ils lui firent, l'amiral et les différents seigneurs anglais qui se groupaient autour des

princesses.

Raoul fut présenté à son tour et gracieusement accueilli; tout le monde savait la part que le comte de La
Fère avait prise à la restauration du roi Charles II; en outre, c'était encore le comte qui avait été chargé de

la négociation du mariage qui ramenait en France la petite-fille de Henri IV.

Raoul parlait parfaitement anglais; il se constitua l'interprète de son ami près des jeunes seigneurs anglais
auxquels notre langue n'était point familière.

En ce moment parut un jeune homme d'une beauté remarquable et d'une splendide richesse de costume et
d'armes. Il s'approcha des princesses, qui causaient avec le comte de Norfolk, et d'une voix qui déguisait

mal son impatience:

- Allons, mesdames, dit-il, il faut descendre à terre.

À cette invitation, la jeune Madame se leva et elle allait accepter la main que le jeune homme lui tendait
avec une vivacité pleine d'expressions diverses, lorsque l'amiral s'avança entre la jeune Madame et le

nouveau venu.

- Un moment, s'il vous plaît, milord de Buckingham, dit-il; le débarquement n'est point possible à cette
heure pour des femmes. La mer est trop grosse; mais, vers quatre heures, il est probable que le vent

tombera; on ne débarquera donc que ce soir.

- Permettez, milord, dit Buckingham avec une irritation qu'il ne chercha point même à déguiser. Vous
retenez ces dames et vous n'en avez pas le droit. De ces dames, l'une appartient, hélas! à la France, et,

vous le voyez, la France la réclame par la voix de ses ambassadeurs.

Et, de la main, il montra de Guiche et Raoul, qu'il saluait en même temps.

- Je ne suppose pas, répondit l'amiral, qu'il entre dans les intentions de ces messieurs d'exposer la vie des
princesses?

- Milord, ces messieurs sont bien venus malgré le vent; permettez-moi de croire que le danger ne sera pas
plus grand pour ces dames, qui s'en iront avec le vent.

- Ces messieurs sont fort braves, dit l'amiral. Vous avez vu que beaucoup étaient sur le port et n'ont point
osé les suivre. En outre, le désir qu'ils avaient de présenter le plus tôt possible leurs hommages à Madame

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