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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 2

l'y suivirent.

Là se tint une espèce de conseil de guerre; on délibéra sur le moyen qu'il fallait employer pour sauver la
dignité de l'ambassade. Bragelonne conclut pour que l'on respectât le droit de priorité.

De Wardes proposa de mettre la ville à sac. Cette proposition parut un peu vive à Manicamp. Il proposa
de dormir d'abord: c'était le plus sage. Malheureusement, pour suivre son conseil, il ne manquait que

deux choses: une maison et des lits.

De Guiche rêva quelque temps; puis, à haute voix:

- Qui m'aime me suive, dit-il.

- Les gens aussi? demanda un page qui s'était approché du groupe.

- Tout le monde! s'écria le fougueux jeune homme. Allons Manicamp, conduis-nous à la maison que Son
Altesse Madame doit occuper.

Sans rien deviner des projets du comte, ses amis le suivirent, escortés d'une foule de peuple dont les
acclamations et la joie formaient un présage heureux pour le projet encore inconnu que poursuivait cette

ardente jeunesse.

Le vent soufflait bruyamment du port et grondait par lourdes rafales.

Chapitre LXXXIV - En mer

Le jour suivant se leva un peu plus calme, quoique le vent soufflât toujours.

Cependant le soleil s'était levé dans un de ces nuages rouges découpant ses rayons ensanglantés sur la
crête des vagues noires. Du haut des vigies, on guettait impatiemment. Vers onze heures du matin, un

bâtiment fut signalé: ce bâtiment arrivait à pleines voiles, deux autres le suivaient à la distance d'un

demi-noeud.

Ils venaient comme des flèches lancées par un vigoureux archer, et cependant la mer était si grosse, que
la rapidité de leur marche n'ôtait rien aux mouvements du roulis qui couchait les navires tantôt à droite,

tantôt à gauche.

Bientôt la forme des vaisseaux et la couleur des flammes firent connaître la flotte anglaise. En tête
marchait le bâtiment monté par la princesse, portant le pavillon de l'amirauté.

Aussitôt le bruit se répandit que la princesse arrivait.

Toute la noblesse française courut au port; le peuple se porta sur les quais et sur les jetées.

Deux heures après, les vaisseaux avaient rallié le vaisseau amiral, et tous les trois, n'osant sans doute pas
se hasarder à entrer dans l'étroit goulet du port, jetaient l'ancre entre Le Havre et la Hève. Aussitôt la

manoeuvre achevée, le vaisseau amiral salua la France de douze coups de canon, qui lui furent rendus

coup pour coup par le fort François Ier.

Aussitôt cent embarcations prirent la mer; elles étaient tapissées de riches étoffes; elles étaient destinées
à porter les gentilshommes français jusqu'aux vaisseaux mouillés.

Mais en les voyant, même dans le port, se balancer violemment, en voyant au-delà de la jetée les vagues

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