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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 2
- Oh! très bien! s'écria Porthos.
- Puis il a dégainé, pointé, estocadé, comme nous faisions dans notre beau temps, nous autres.
- Et à quel propos cette émeute? demanda Porthos.
D'Artagnan remarqua sur la figure d'Aramis une complète indifférence à cette question de Porthos.
- Mais, dit-il en regardant Aramis, à propos de deux traitants à qui le roi faisait rendre gorge, deux amis de M. Fouquet que l'on pendait.
À peine un léger froncement de sourcils du prélat indiqua-t-il qu'il avait entendu.
- Oh! oh! fit Porthos, et comment les nommait-on, ces amis de M. Fouquet?
- MM. d'Emerys et Lyodot, dit d'Artagnan. Connaissez-vous ces noms-là, Aramis?
- Non, fit dédaigneusement le prélat; cela m'a l'air de noms de financiers.
- Justement.
- Oh! M. Fouquet a laissé pendre ses amis? s'écria Porthos.
- Et pourquoi pas? dit Aramis.
- C'est qu'il me semble...
- Si on a pendu ces malheureux, c'était par ordre du roi. Or, M. Fouquet, pour être surintendant des finances, n'a pas, je pense, droit de vie et de mort.
- C'est égal, grommela Porthos, à la place de M. Fouquet...
Aramis comprit que Porthos allait dire quelque sottise. Il brisa la conversation.
- Voyons, dit-il, mon cher d'Artagnan, c'est assez parler des autres; parlons un peu de vous.
- Mais, de moi, vous en savez tout ce que je puis vous en dire. Parlons de vous, au contraire, cher Aramis.
- Je vous l'ai dit, mon ami, il n'y a plus d'Aramis en moi.
- Plus même de l'abbé d'Herblay?
- Plus même. Vous voyez un homme que Dieu a pris par la main et qu'il a conduit à une position qu'il ne devait ni n'osait espérer.
- Dieu? interrogea d'Artagnan.
- Oui.
- Tiens! c'est étrange; on m'avait dit, à moi, que c'était M. Fouquet.
- Qui vous a dit cela? fit Aramis sans que toute la puissance de sa volonté pût empêcher une légère rougeur de colorer ses joues.
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