|
Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 2
- Monsieur le chevalier, dit de Guiche, ce que vous faites là n'est point généreux; je sollicite et vous me nuisez.
- Ah! pardon, monsieur le comte, dit le chevalier de Lorraine inquiet du ton avec lequel le comte avait accentué ses paroles, telle n'était pas mon intention, et, au fait, je crois que je confonds cette demoiselle avec une autre.
- Assurément, et je vous affirme, moi, que vous confondez.
- Voyons, y tiens-tu beaucoup, Guiche? demanda le prince.
- Beaucoup, monseigneur.
- Eh bien! accordé; mais ne demande plus de brevet, il n'y a plus de place.
- Ah! s'écria le chevalier, midi déjà; c'est l'heure fixée pour le départ.
- Vous me chassez, monsieur? demanda de Guiche.
- Oh! comte, comme vous me maltraitez aujourd'hui! répondit affectueusement le chevalier.
- Pour Dieu! comte; pour Dieu! chevalier, dit Monsieur, ne vous disputez donc pas ainsi: ne voyez-vous pas que cela me fait de la peine?
- Ma signature? demanda de Guiche.
- Prends un brevet dans ce tiroir, et donne-le-moi.
De Guiche prit le brevet indiqué d'une main, et de l'autre présenta à Monsieur une plume toute trempée dans l'encre.
Le prince signa.
- Tiens, dit-il en lui rendant le brevet; mais c'est à une condition.
- Laquelle?
- C'est que tu feras ta paix avec le chevalier.
- Volontiers, dit de Guiche.
Et il tendit la main au chevalier avec une indifférence qui ressemblait à du mépris.
- Allez, comte, dit le chevalier sans paraître aucunement remarquer le dédain du comte; allez, et ramenez-nous une princesse qui ne jase pas trop avec son portrait.
- Oui, pars et fais diligence... À propos, qui emmènes-tu?
- Bragelonne et de Wardes.
- Deux braves compagnons.
- Trop braves, dit le chevalier; tâchez de les ramener tous deux, comte.
|