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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 2
Et, en même temps, une douce pression de main récompensait Malicorne de sa future obéissance. Malicorne se rapprocha tout grognant de Mme de Saint-Remy, tandis que Montalais disait à son amie, en lui jetant un bras autour du cou:
- Qu'as-tu? Voyons! Est-il vrai que tu ne m'aimerais plus parce que je brillerais, comme dit ta mère?
- Oh! non, répondit la jeune fille retenant à peine ses larmes; je suis bien heureuse de ton bonheur, au contraire.
- Heureuse! et l'on dirait que tu es prête à pleurer.
- Ne pleure-t-on que d'envie?
- Ah! oui, je comprends, je vais à Paris, et ce mot «Paris» te rappelait certain cavalier.
- Aure!
- Certain cavalier qui, autrefois, habitait Blois, et qui aujourd'hui habite Paris.
- Je ne sais, en vérité, ce que j'ai, mais j'étouffe.
- Pleure alors, puisque tu ne peux pas me sourire.
Louise releva son visage si doux que des larmes, roulant l'une après l'autre, illuminaient comme des diamants.
- Voyons, avoue, dit Montalais.
- Que veux-tu que j'avoue?
- Ce qui te fait pleurer; on ne pleure pas sans cause. Je suis ton amie; tout ce que tu voudras que je fasse, je le ferai. Malicorne est plus puissant qu'on ne croit, va! Veux-tu venir à Paris?
- Hélas! fit Louise.
- Veux-tu venir à Paris?
- Rester seule ici, dans ce vieux château, moi qui avais cette douce habitude d'entendre tes chansons, de te presser la main, de courir avec vous toutes dans ce parc; oh! comme je vais m'ennuyer, comme je vais mourir vite!
- Veux-tu venir à Paris?
Louise poussa un soupir.
- Tu ne réponds pas.
- Que veux-tu que je te réponde?
- Oui ou non; ce n'est pas bien difficile, ce me semble.
- Oh! tu es bien heureuse, Montalais!
- Allons, ce qui veut dire que tu voudrais être à ma place?
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