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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 2
- Justement, madame, vous avez deviné.
- Mais c'était on ne peut plus moral, alors.
- Je le crois, madame.
- Et j'ai eu tort, à ce qu'il paraît, de vous faire des reproches, mademoiselle.
- Très grand tort, madame; mais je suis tellement habituée à vos reproches, que je vous les pardonne.
- En ce cas, allons-nous-en, Louise; nous n'avons plus qu'à nous retirer. Eh bien?
- Madame! fit La Vallière en tressaillant, vous dites?
- Tu n'écoutais pas, à ce qu'il paraît, mon enfant?
- Non, madame, je pensais.
- Et à quoi?
- À mille choses.
- Tu ne m'en veux pas au moins, Louise? s'écria Montalais lui pressant la main.
- Et de quoi t'en voudrais-je, ma chère Aure? répondit la jeune fille avec sa voix douce comme une musique.
- Dame! reprit Mme de Saint-Remy, quand elle vous en voudrait un peu, pauvre enfant! elle n'aurait pas tout à fait tort.
- Et pourquoi m'en voudrait-elle, bon Dieu?
- Il me semble qu'elle est d'aussi bonne famille et aussi jolie que vous.
- Ma mère! s'écria Louise.
- Plus jolie cent fois, madame; de meilleure famille, non; mais cela ne me dit point pourquoi Louise doit m'en vouloir.
- Croyez-vous donc que ce soit amusant pour elle de s'enterrer à Blois quand vous allez briller à Paris?
- Mais, madame, ce n'est point moi qui empêche Louise de m'y suivre, à Paris; au contraire, je serais certes bien heureuse qu'elle y vînt.
- Mais il me semble que M. Malicorne, qui est tout-puissant à la cour...
- Ah! tant pis, madame, fit Malicorne, chacun pour soi en ce pauvre monde.
- Malicorne! fit Montalais.
Puis, se baissant vers le jeune homme:
- Occupez Mme de Saint-Remy, soit en disputant, soit en vous raccommodant avec elle; il faut que je cause avec Louise.
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