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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 2

- Voilà! dit Malicorne.

- Mais rien de plus simple, dit une troisième voix.

Montalais et Malicorne poussèrent un cri simultané.

De Saint-Aignan parut.

- Cher monsieur Malicorne, dit de Saint-Aignan, un heureux hasard me ramène ici pour vous tirer
d'embarras. Venez, je vous offre une chambre chez moi, et celle-là, je vous le jure, nul franciscain ne

vous l'ôtera. Quant à vous, ma chère demoiselle, rassurez-vous; j'ai déjà le secret de Mlle de La Vallière,

celui de Mlle de Tonnay-Charente; vous venez d'avoir la bonté de me confier le vôtre, merci: j'en

garderai aussi bien trois qu'un seul.

Malicorne et Montalais se regardèrent comme deux écoliers pris en maraude; mais, comme au bout du
compte Malicorne voyait un grand avantage dans la proposition qui lui était faite, il fit à Montalais un

signe de résignation que celle-ci lui rendit.

Puis Malicorne descendit l'échelle échelon par échelon, réfléchissant à chaque degré au moyen d'arracher
bribe par bribe à M. de Saint-Aignan tout ce qu'il pourrait savoir sur le fameux secret.

Montalais était déjà partie légère comme une biche, et ni carrefour ni labyrinthe n'eurent le pouvoir de la
tromper.

Quant à de Saint-Aignan, il ramena en effet Malicorne chez lui, en lui faisant mille politesses, enchanté
qu'il était de tenir sous sa main les deux hommes qui, en supposant que de Guiche restât muet, pouvaient

le mieux renseigner sur le compte des filles d'honneur.

Chapitre CXXV - Ce qui s'était passé en réalité à l'auberge du Beau-Paon

D'abord, donnons à nos lecteurs quelques détails sur l'auberge du Beau-Paon; puis nous passerons au
signalement des voyageurs qui l'habitaient.

L'auberge du Beau-Paon, comme toute auberge, devait son nom à son enseigne. Cette enseigne
représentait un paon qui faisait la roue.

Seulement, à l'instar de quelques peintres qui ont donné la figure d'un joli garçon au serpent qui tente
Ève, le peintre de l'enseigne avait donné au beau paon une figure de femme.

Cette auberge, épigramme vivante contre cette moitié du genre humain qui fait le charme de la vie, dit M.
Legouvé, s'élevait à Fontainebleau dans la première rue latérale de gauche, laquelle coupait, en venant de

Paris, cette grande artère qui forme à elle seule la ville tout entière de Fontainebleau.

La rue latérale s'appelait alors la rue de Lyon, sans doute parce que, géographiquement, elle s'avançait
dans la direction de la seconde capitale du royaume. Cette rue se composait de deux maisons habitées par

des bourgeois, maisons séparées l'une de l'autre par deux grands jardins bordés de haies. En apparence, il

semblait y avoir cependant trois maisons dans la rue; expliquons comment, malgré ce semblant, il n'y en

avait que deux.

L'auberge du Beau-Paon avait sa façade principale sur la grande rue; mais, en retour, sur la rue de Lyon,
deux corps de bâtiments, divisés par des cours, renfermaient de grands logements propres à recevoir tous

voyageurs, soit à pied, soit à cheval, soit même en carrosse, et à fournir non seulement logis et table,

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