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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 2
- Rappelez-vous que d'Artagnan n'a pas besoin de passer par Saint-Mandé, lui, mais qu'il se rendra tout droit au Louvre; c'est une heure à retrancher sur l'avance qui nous reste.
- D'Artagnan peut tout avoir, excepté mes chevaux anglais; je serai au Louvre dans vingt-cinq minutes.
Et, sans perdre une seconde, Fouquet commanda le départ.
Aramis n'eut que le temps de lui dire:
- Revenez aussi vite que vous serez parti, car je vous attends avec impatience.
Cinq minutes après, le surintendant volait vers Paris.
Pendant ce temps, Aramis se faisait indiquer la chambre où reposait Porthos.
À la porte du cabinet de Fouquet, il fut serré dans les bras de Pellisson, qui venait d'apprendre son arrivée et quittait les bureaux pour le voir.
Aramis reçut, avec cette dignité amicale qu'il savait si bien prendre, ces caresses aussi respectueuses qu'empressées; mais tout à coup, s'arrêtant sur le palier:
- Qu'entends-je là-haut? demanda-t-il.
On entendait, en effet, un rauquement sourd pareil à celui d'un tigre affamé ou d'un lion impatient.
- Oh! ce n'est rien, dit Pellisson en souriant.
- Mais enfin?...
- C'est M. du Vallon qui ronfle.
- En effet, dit Aramis, il n'y avait que lui capable de faire un tel bruit. Vous permettez, Pellisson, que je m'informe s'il ne manque de rien?
- Et vous, permettez-vous que je vous accompagne?
- Comment donc!
Tous deux entrèrent dans la chambre.
Porthos était étendu sur un lit, la face violette plutôt que rouge, les yeux gonflés, la bouche béante. Ce rugissement qui s'échappait des profondes cavités de sa poitrine faisait vibrer les carreaux des fenêtres.
À ses muscles tendus et sculptés en saillie sur sa face, à ses cheveux collés de sueur, aux énergiques soulèvements de son menton et de ses épaules, on ne pouvait refuser une certaine admiration: la force poussée à ce point, c'est presque de la divinité.
Les jambes et les pieds herculéens de Porthos avaient, en se gonflant, fait craquer ses bottes de cuir; toute la force de son énorme corps s'était convertie en une rigidité de pierre.
Porthos ne remuait pas plus que le géant de granit couché dans la plaine d'Agrigente. Sur l'ordre de Pellisson, un valet de chambre s'occupa de couper les bottes de Porthos, car nulle puissance au monde n'eût pu les lui arracher.
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