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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 2
- Il faut donc l'avoir à tout prix!
- D'Artagnan?
- N'est-ce pas votre avis?
- C'est mon avis; mais vous ne l'aurez pas.
- Pourquoi?
- Parce que nous avons laissé passer le temps. Il était en dissentiment avec la cour, il fallait profiter de ce dissentiment; depuis il a passé en Angleterre, depuis il a puissamment contribué à la restauration, depuis il a gagné une fortune, depuis enfin il est rentré au service du roi. Eh bien! s'il est rentré au service du roi, c'est qu'on lui a bien payé ce service.
- Nous le paierons davantage, voilà tout.
- Oh! monsieur, permettez; d'Artagnan a une parole, et, une fois engagée, cette parole demeure où elle est.
- Que concluez-vous de cela? dit Fouquet avec inquiétude.
- Que pour le moment il s'agit de parer un coup terrible.
- Et comment le parez-vous?
- Attendez... d'Artagnan va venir rendre compte au roi de sa mission.
- Oh! nous avons le temps d'y penser.
- Comment cela?
- Vous avez bonne avance sur lui, je présume?
- Dix heures à peu près.
- Eh bien! en dix heures...
Aramis secoua sa tête pâle.
- Voyez ces nuages qui courent au ciel, ces hirondelles qui fendent l'air: d'Artagnan va plus vite que le nuage et que l'oiseau; d'Artagnan, c'est le vent qui les emporte.
- Allons donc!
- Je vous dis que c'est quelque chose de surhumain que cet homme, monsieur; il est de mon âge, et je le connais depuis trente-cinq ans.
- Eh bien?
- Eh bien! écoutez mon calcul, monsieur: je vous ai expédié M. du Vallon à deux heures de la nuit; M. du Vallon avait huit heures d'avance sur moi. Quand M. du Vallon est-il arrivé?
- Voilà quatre heures, à peu près.
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