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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 2

- Hélas! oui, je le sais; j'ai rencontré à Tours le courrier qui m'apportait la lettre de Gourville et les
dépêches de Pellisson. Avez-vous bien réfléchi à cet événement, monsieur?

- Oui.

- Et vous avez compris que c'était une attaque directe à votre souveraineté?

- Croyez-vous?

- Oh! oui, je le crois.

- Eh bien! je vous l'avouerai, cette sombre idée m'est venue, à moi aussi.

- Ne vous aveuglez pas, monsieur, au nom du Ciel, écoutez bien... j'en reviens à d'Artagnan.

- J'écoute.

- Dans quelle circonstance l'avez-vous vu?

- Il est venu chercher de l'argent.

- Avec quelle ordonnance?

- Avec un bon du roi.

- Direct?

- Signé de Sa Majesté.

- Voyez-vous! Eh bien! d'Artagnan est venu à Belle-Île; il était déguisé, il passait pour un intendant
quelconque chargé par son maître d'acheter des salines. Or, d'Artagnan n'a pas d'autre maître que le roi; il

venait donc comme envoyé du roi. Il a vu Porthos.

- Qu'est-ce que Porthos?

- Pardon, je me trompe. Il a vu M. du Vallon à Belle-Île, et il sait, comme vous et moi, que Belle-Île est
fortifiée.

- Et vous croyez que le roi l'aurait envoyé? dit Fouquet tout pensif.

- Assurément.

- Et d'Artagnan aux mains du roi est un instrument dangereux?

- Le plus dangereux de tous.

- Je l'ai donc bien jugé du premier coup d'oeil.

- Comment cela?

- J'ai voulu me l'attacher.

- Si vous avez jugé que ce fût l'homme de France le plus brave, le plus fin et le plus adroit, vous l'avez
bien jugé.

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