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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 2
- J'ai donc deviné! s'écria Fouquet. Oh! madame, en vérité, je ne vous ai jamais donné le droit de m'insulter ainsi.
- Vous insulter! dit-elle en pâlissant. Étrange délicatesse humaine! Vous m'aimez, m'avez-vous dit? Vous m'avez demandé au nom de cet amour ma réputation, mon honneur? Et quand je vous offre mon argent, vous me refusez!
- Marquise, marquise, vous avez été libre de garder ce que vous appelez votre réputation et votre honneur. Laissez-moi la liberté de garder les miens. Laissez-moi me ruiner, laissez-moi succomber sous le fardeau des haines qui m'environnent, sous le fardeau des fautes que j'ai commises, sous le fardeau de mes remords même; mais, au nom du Ciel! marquise, ne m'écrasez pas sous ce dernier coup.
- Vous avez manqué tout à l'heure d'esprit, monsieur Fouquet, dit-elle.
- C'est possible, madame.
- Et maintenant, voilà que vous manquez de coeur.
Fouquet comprima de sa main crispée sa poitrine haletante.
- Accablez-moi, madame, dit-il, je n'ai rien à répondre.
- Je vous ai offert mon amitié, monsieur Fouquet.
- Oui, madame; mais vous vous êtes bornée là.
- Ce que je fais est-il d'une amie?
- Sans doute.
- Et vous refusez cette preuve de mon amitié?
- Je la refuse.
- Regardez-moi, monsieur Fouquet.
Les yeux de la marquise étincelaient.
- Je vous offre mon amour.
- Oh! madame! dit Fouquet.
- Je vous aime, entendez-vous, depuis longtemps; les femmes ont comme les hommes leur fausse délicatesse. Depuis longtemps je vous aime, mais je ne voulais pas vous le dire.
- Oh! fit Fouquet en joignant les mains.
- Eh bien! je vous le dis. Vous m'avez demandé cet amour à genoux, je vous l'ai refusé; j'étais aveugle comme vous l'étiez tout à l'heure. Mon amour, je vous l'offre.
- Oui, votre amour, mais votre amour seulement.
- Mon amour, ma personne, ma vie! tout, tout, tout!
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