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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 2

Chapitre CII - La dot

Les chevaux de M. Faucheux étaient d'honnêtes chevaux du Perche, ayant de gros genoux et des jambes
tant soit peu engorgées. Comme la voiture, ils dataient de l'autre moitié du siècle.

Ils ne couraient donc pas comme les chevaux anglais de M. Fouquet.

Aussi mirent-ils deux heures à se rendre à Saint-Mandé.

On peut dire qu'ils marchaient majestueusement.

La majesté exclut le mouvement.

La marquise s'arrêta devant une porte bien connue, quoiqu'elle ne l'eût vue qu'une fois, on se le rappelle,
dans une circonstance non moins pénible que celle qui l'amenait cette fois encore.

Elle tira de sa poche une clef, l'introduisit de sa petite main blanche dans la serrure, poussa la porte qui
céda sans bruit, et donna l'ordre au commis de monter le coffret au premier étage.

Mais le poids de ce coffret était tel, que le commis fut forcé de se faire aider par le cocher.

Le coffret fut déposé dans ce petit cabinet, antichambre ou plutôt boudoir, attenant au salon où nous
avons vu M. Fouquet aux pieds de la marquise.

Mme de Bellière donna un louis au cocher, un sourire charmant au commis, et les congédia tous deux.

Derrière eux, elle referma la porte et attendit ainsi, seule et barricadée. Nul domestique n'apparaissait à
l'intérieur.

Mais toute chose était apprêtée comme si un génie invisible eût deviné les besoins et les désirs de l'hôte
ou plutôt de l'hôtesse qui était attendue.

Le feu préparé, les bougies aux candélabres, les rafraîchissements sur l'étagère, les livres sur les tables,
les fleurs fraîches dans les vases du Japon.

On eût dit une maison enchantée.

La marquise alluma les candélabres, respira le parfum des fleurs, s'assit et tomba bientôt dans une
profonde rêverie.

Mais cette rêverie, toute mélancolique, était imprégnée d'une certaine douceur.

Elle voyait devant elle un trésor étalé dans cette chambre. Un million qu'elle avait arraché de sa fortune
comme la moissonneuse arrache un bleuet de sa couronne.

Elle se forgeait les plus doux songes.

Elle songeait surtout et avant tout au moyen de laisser tout cet argent à M. Fouquet sans qu'il pût savoir
d'où venait le don. Ce moyen était celui qui naturellement s'était présenté le premier à son esprit.

Mais, quoique, en y réfléchissant, la chose lui eût paru difficile, elle ne désespérait point de parvenir à ce
but.

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