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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 2
la fureur.
Raoul frappa l'une contre l'autre ses deux mains avec un sentiment qui ressemblait à de la colère.
- Bien! dit-il.
- Bien ou mal, peu importe. Voici ce que je réclame de toi, de mon ami, de mon frère. Depuis trois jours, Madame est en fêtes, en ivresse. Le premier jour, je n'ai point osé la regarder; je la haïssais de ne pas être aussi malheureuse que moi. Le lendemain, je ne la pouvais plus perdre de vue; et de son côté, oui, je crus le remarquer, du moins, Raoul, de son côté, elle me regarda, sinon avec quelque pitié, du moins avec quelque douceur. Mais entre ses regards et les miens vint s'interposer une ombre; le sourire d'un autre provoque son sourire. À côté de son cheval galope éternellement un cheval qui n'est pas le mien; à son oreille vibre incessamment une voix caressante qui n'est pas ma voix. Raoul, depuis trois jours, ma tête est en feu; c'est de la flamme qui coule dans mes veines. Cette ombre, il faut que je la chasse; ce sourire, que je l'éteigne; cette voix, que je l'étouffe.
- Tu veux tuer Monsieur? s'écria Raoul.
- Eh! non. Je ne suis pas jaloux de Monsieur; je ne suis pas jaloux du mari; je suis jaloux de l'amant.
- De l'amant?
- Mais ne l'as-tu donc pas remarqué ici, toi qui là-bas étais si clairvoyant?
- Tu es jaloux de M. de Buckingham?
- À en mourir!
- Encore.
- Oh! cette fois la chose sera facile à régler entre nous, j'ai pris les devants, je lui ai fait passer un billet.
- Tu lui as écrit? c'est toi?
- Comment sais-tu cela?
- Je le sais, parce qu'il me l'a appris. Tiens.
Et il tendit à de Guiche la lettre qu'il avait reçue presque en même temps que la sienne. De Guiche la lut avidement.
- C'est d'un brave homme et surtout d'un galant homme, dit-il.
- Oui, certes, le duc est un galant homme; je n'ai pas besoin de te demander si tu lui as écrit en aussi bons termes.
- Je te montrerai ma lettre quand tu l'iras trouver de ma part.
- Mais c'est presque impossible.
- Quoi?
- Que j'aille le trouver.
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