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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 2

jamais je ne vous ai aimée! Merci, Louise, de ce dévouement; mais il faut que je prenne un parti pour
vous mettre à couvert de toute insulte, pour vous garantir de toute tache. Louise, une fille d'honneur, à la

cour d'une jeune princesse, en ce temps de moeurs faciles et d'inconstantes amours, une fille d'honneur

est placée dans le centre des attaques sans aucune défense; cette condition ne peut vous convenir: il faut

que vous soyez mariée pour être respectée.

- Mariée?

- Oui.

- Mon Dieu!

- Voici ma main, Louise, laissez-y tomber la vôtre.

- Mais votre père?

- Mon père me laisse libre.

- Cependant...

- Je comprends ce scrupule, Louise; je consulterai mon père.

- Oh! monsieur Raoul, réfléchissez, attendez.

- Attendre, c'est impossible; réfléchir, Louise, réfléchir, quand il s'agit de vous! ce serait vous insulter;
votre main, chère Louise, je suis maître de moi; mon père dira oui, je vous le promets; votre main, ne me

faites point attendre ainsi, répondez vite un mot, un seul, sinon je croirais que, pour vous changer à

jamais, il a suffi d'un seul pas dans le palais, d'un seul souffle de la faveur, d'un seul sourire des reines,

d'un seul regard du roi.

Raoul n'avait pas prononcé ce dernier mot que La Vallière était devenue pâle comme la mort, sans doute
par la crainte qu'elle avait de voir s'exalter le jeune homme.

Aussi, par un mouvement rapide comme la pensée, jeta-t-elle ses deux mains dans celles de Raoul.

Puis elle s'enfuit sans ajouter une syllabe et disparut sans avoir regardé en arrière. Raoul sentit son corps
frissonner au contact de cette main. Il reçut le serment, comme un serment solennel arraché par l'amour à

la timidité virginale.

Chapitre XC - Le consentement d'Athos

Raoul était sorti du Palais-Royal avec des idées qui n'admettaient point de délais dans leur exécution.

Il monta donc à cheval dans la cour même et prit la route de Blois, tandis que s'accomplissaient, avec une
grande allégresse des courtisans et une grande désolation de Guiche et de Buckingham, les noces de

Monsieur et de la princesse d'Angleterre.

Raoul fit diligence; en dix-huit heures il arriva à Blois. Il avait préparé en route ses meilleurs arguments.
La fièvre aussi est un argument sans réplique, et Raoul avait la fièvre.

Athos était dans son cabinet, ajoutant quelques pages à ses mémoires, lorsque Raoul entra conduit par
Grimaud. Le clairvoyant gentilhomme n'eut besoin que d'un coup d'oeil pour reconnaître quelque chose

d'extraordinaire dans l'attitude de son fils.

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