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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 2

d'Artagnan demandera au roi la permission de vous allonger un coup d'épée, le roi la lui accordera, et, le
coup d'épée reçu, eh bien! mon cher monsieur de Wardes, vous considérerez d'un oeil plus calme les

préceptes de l'Évangile qui commandent l'oubli des injures.

- Ah! s'écria de Wardes furieux de ce sang-froid, on voit bien que vous êtes à moitié bâtard, monsieur de
Bragelonne!

Raoul devint pâle comme le col de sa chemise; son oeil lança un éclair qui fit reculer de Wardes.

Buckingham lui-même en fut ébloui, et se jeta entre les deux adversaires, qu'il s'attendait à voir se
précipiter l'un sur l'autre. De Wardes avait réservé cette injure pour la dernière; il serrait convulsivement

son épée et attendait le choc.

- Vous avez raison, monsieur, dit Raoul en faisant un violent effort sur lui-même, je ne connais que le
nom de mon père; mais je sais trop combien M. le comte de La Fère est homme de bien et d'honneur pour

craindre un seul instant, comme vous semblez le dire, qu'il y ait une tache sur ma naissance. Cette

ignorance où je suis du nom de ma mère est donc seulement pour moi un malheur et non un opprobre.

Or, vous manquez de loyauté, monsieur; vous manquez de courtoisie en me reprochant un malheur.

N'importe, l'insulte existe, et, cette fois, je me tiens pour insulté! Donc, c'est chose convenue: après avoir

vidé votre querelle avec M. d'Artagnan, vous aurez affaire à moi, s'il vous plaît.

- Oh! oh! répondit de Wardes avec un sourire amer, j'admire votre prudence, monsieur; tout à l'heure
vous me promettiez un coup d'épée de M. d'Artagnan, et c'est après ce coup d'épée, déjà reçu par moi,

que vous m'offrez le vôtre.

- Ne vous inquiétez point, répondit Raoul avec une sourde colère; M. d'Artagnan est un habile homme en
fait d'armes et je lui demanderai cette grâce qu'il fasse pour vous ce qu'il a fait pour monsieur votre père,

c'est-à-dire qu'il ne vous tue pas tout à fait, afin qu'il me laisse le plaisir, quand vous serez guéri, de vous

tuer sérieusement, car vous êtes un méchant coeur, monsieur de Wardes, et l'on ne saurait, en vérité,

prendre trop de précautions contre vous.

- Monsieur, j'en prendrai contre vous-même, dit de Wardes, soyez tranquille.

- Monsieur, fit Buckingham, permettez-moi de traduire vos paroles par un conseil que je vais donner à
M. de Bragelonne: monsieur de Bragelonne, portez une cuirasse.

De Wardes serra les poings.

- Ah! je comprends, dit-il, ces messieurs attendent le moment où ils auront pris cette précaution pour se
mesurer contre moi.

- Allons! monsieur, dit Raoul, puisque vous le voulez absolument, finissons-en.

Et il fit un pas vers de Wardes en étendant son épée.

- Que faites-vous? demanda Buckingham.

- Soyez tranquille, dit Raoul, ce ne sera pas long.

De Wardes tomba en garde: les fers se croisèrent. De Wardes s'élança avec une telle précipitation sur
Raoul, qu'au premier froissement du fer, il fut évident pour Buckingham que Raoul ménageait son

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