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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 1

- Monsieur, voyez, les appartements du presbytere sont vides.

«Il a raison», se dit d'Artagnan en considérant la maison dont l'aspect annonçait la solitude.

- Mais Monseigneur a du vous écrire sa promotion.

- De quand date-t-elle?

- D'un mois.

- Oh! alors, il n'y a pas de temps perdu. Aramis ne peut avoir eu encore besoin de moi. Mais voyons,
Bazin, pourquoi ne suis-tu pas ton pasteur?

- Monsieur, je ne puis, j'ai des occupations.

- Ton alphabet?

- Et mes pénitents.

- Quoi! tu confesses? tu es donc pretre?

- C'est tout comme. J'ai tant de vocation!

- Mais les ordres?

- Oh! dit Bazin avec aplomb, maintenant que Monseigneur est éveque, j'aurai promptement mes ordres
ou tout au moins mes dispenses.

Et il se frotta les mains.

«Décidément, se dit d'Artagnan, il n'y a pas a déraciner ces gens-la.»

- Fais-moi servir, Bazin.

- Avec empressement, monsieur.

- Un poulet, un bouillon et une bouteille de vin.

- C'est aujourd'hui samedi, jour maigre, dit Bazin.

- J'ai une dispense, dit d'Artagnan.

Bazin le regarda d'un air soupçonneux.

- Ah ça! maître cafard, pour qui me prends-tu? dit le mousquetaire; si toi, qui es le valet, tu esperes des
dispenses pour commettre des crimes, je n'aurai pas, moi, l'ami de ton éveque, une dispense pour faire

gras selon le voeu de mon estomac? Bazin, sois aimable avec moi, ou, de par Dieu! je me plains au roi, et

tu ne confesseras jamais. Or, tu sais que la nomination des éveques est au roi, je suis le plus fort.

Bazin sourit hypocritement.

- Oh! nous avons M. le surintendant, nous autres, dit-il.

- Et tu te moques du roi, alors?

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