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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 1
Cette démonstration, si distrait ou plutôt si plongé que fut le roi dans ses réflexions, attira son attention a l'instant meme. Charles, arretant donc son cheval et se retournant vers Parry:
- Mon Dieu! Parry, dit-il, quel est donc cet homme qui me salue ainsi? Me connaîtrait-il, par hasard?
Parry, tout agité, tout pâle, avait déja poussé son cheval du côté de la grille.
- Ah! Sire, dit-il en s'arretant tout a coup a cinq ou six pas du vieillard toujours agenouillé, Sire, vous me voyez saisi d'étonnement, car il me semble que je reconnais ce brave homme. Eh! oui, c'est bien lui-meme. Votre Majesté permet que je lui parle?
- Sans doute.
- Est-ce donc vous, monsieur Grimaud? demanda Parry.
- Oui, moi, dit le grand vieillard en se redressant, mais sans rien perdre de son attitude respectueuse.
- Sire, dit alors Parry, je ne m'étais pas trompé, cet homme est le serviteur du comte de La Fere, et le comte de La Fere, si vous vous en souvenez, est ce digne gentilhomme dont j'ai si souvent parlé a Votre Majesté, que le souvenir doit en etre resté, non seulement dans son esprit, mais encore dans son coeur.
- Celui qui assista le roi mon pere a ses derniers moments? demanda Charles.
Et Charles tressaillit visiblement a ce souvenir.
- Justement, Sire.
- Hélas! dit Charles.
Puis, s'adressant a Grimaud, dont les yeux vifs et intelligents semblaient chercher a deviner sa pensée:
- Mon ami, demanda-t-il, votre maître, M. le comte de La Fere, habiterait-il dans les environs?
- La, répondit Grimaud en désignant de son bras étendu en arriere la grille de la maison blanche et rouge.
- Et M. le comte de La Fere est chez lui en ce moment?
- Au fond, sous les marronniers.
- Parry, dit le roi, je ne veux pas manquer cette occasion si précieuse pour moi de remercier le gentilhomme auquel notre maison doit un si bel exemple de dévouement et de générosité. Tenez mon cheval, mon ami, je vous prie.
Et jetant la bride aux mains de Grimaud, le roi entra tout seul chez Athos, comme un égal chez son égal. Charles avait été renseigné par l'explication si concise de Grimaud, au fond, sous les marronniers; il laissa donc la maison a gauche et marcha droit vers l'allée désignée. La chose était facile; la cime de ces grands arbres, déja couverts de feuilles et de fleurs, dépassait celle de tous les autres. En arrivant sous les losanges lumineux et sombres tour a tour qui diapraient le sol de cette allée, selon le caprice de leurs voutes plus ou moins feuillées, le jeune prince aperçut un gentilhomme qui se promenait les bras derriere le dos et paraissant plongé dans une sereine reverie. Sans doute, il s'était fait souvent redire comment était ce gentilhomme, car sans hésitation Charles II marcha droit a lui. Au bruit de ses pas, le comte de La Fere releva la tete, et voyant un inconnu a la tournure élégante et noble qui se dirigeait de son côté, il
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