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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 1
beau-frere du roi votre pere, et d'avoir contracté une alliance avec un Parlement qu'on appelle la-bas un Parlement Croupion; c'est malhonnete, j'en conviens, mais ce n'était pas maladroit au point de vue de la politique, puisque, grâce a ce traité, j'ai sauvé a Votre Majesté, mineure encore, les tracas d'une guerre extérieure, que la Fronde... vous vous rappelez la Fronde, Sire (le jeune roi baissa la tete), que la Fronde eut fatalement compliqués. Et voila comme quoi je prouve a Votre Majesté que changer de route maintenant sans prévenir nos alliés serait a la fois maladroit et malhonnete. Nous ferions la guerre en mettant les torts de notre côté; nous la ferions, méritant qu'on nous la fît, et nous aurions l'air de la craindre, tout en la provoquant; car une permission a cinq cents hommes, a deux cents hommes, a cinquante hommes, a dix hommes, c'est toujours une permission. Un Français, c'est la nation; un uniforme, c'est l'armée. Supposez, par exemple, Sire, que vous avez la guerre avec la Hollande, ce qui tôt ou tard arrivera certainement, ou avec l'Espagne, ce qui arrivera peut-etre si votre mariage manque (Mazarin regarda profondément le roi), et il y a mille causes qui peuvent faire manquer votre mariage; eh bien! approuveriez-vous l'Angleterre d'envoyer aux Provinces-Unies ou a l'infante un régiment, une compagnie, une escouade meme de gentilshommes anglais? Trouveriez-vous qu'elle se renferme honnetement dans les limites de son traité d'alliance?
Louis écoutait; il lui semblait étrange que Mazarin invoquât la bonne foi, lui l'auteur de tant de supercheries politiques qu'on appelait des mazarinades.
- Mais enfin, dit le roi, sans autorisation manifeste, je ne puis empecher des gentilshommes de mon État de passer en Angleterre si tel est leur bon plaisir.
- Vous devez les contraindre a revenir, Sire, ou tout au moins protester contre leur présence en ennemis dans un pays allié.
- Mais enfin, voyons, vous, monsieur le cardinal, vous un génie si profond, cherchons un moyen d'aider ce pauvre roi sans nous compromettre.
- Et voila justement ce que je ne veux pas, mon cher Sire, dit Mazarin. L'Angleterre agirait d'apres mes désirs qu'elle n'agirait pas mieux; je dirigerais d'ici la politique d'Angleterre que je ne la dirigerais pas autrement.
«Gouvernée ainsi qu'on la gouverne, l'Angleterre est pour l'Europe un nid éternel a proces. La Hollande protege Charles II: laissez faire la Hollande; ils se fâcheront, ils se battront; ce sont les deux seules puissances maritimes; laissez-les détruire leurs marines l'une par l'autre; nous construirons la nôtre avec les débris de leurs vaisseaux, et encore quand nous aurons de l'argent pour acheter des clous.
- Oh! que tout ce que vous me dites la est pauvre et mesquin, monsieur le cardinal!
- Oui, mais comme c'est vrai, Sire, avouez-le. Il y a plus: j'admets un moment la possibilité de manquer a votre parole et d'éluder le traité; cela se voit souvent, qu'on manque a sa parole et qu'on élude un traité, mais c'est quand on a quelque grand intéret a le faire ou quand on se trouve par trop gené par le contrat; eh bien! vous autoriseriez l'engagement qu'on vous demande; la France, sa banniere, ce qui est la meme chose, passera le détroit et combattra; la France sera vaincue.
- Pourquoi cela?
- Voila ma foi un habile général, que Sa Majesté Charles II, et Worcester nous donne de belles garanties!
- Il n'aura plus affaire a Cromwell, monsieur.
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