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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 1
belles paroles, il a dit: J'ai des amis de l'autre côté du détroit; a ces amis il manque seulement un chef et une banniere.
«Quand ils me verront, quand ils verront la banniere de France, ils se rallieront a moi, car ils comprendront que j'ai votre appui. Les couleurs de l'uniforme français vaudront pres de moi le million que M. de Mazarin nous aura refusé.
«(Car il savait bien que je le refuserais, ce million.) Je vaincrai avec ces cinq cents gentilshommes, Sire, et tout l'honneur en sera pour vous. Voila ce qu'il a dit, ou a peu pres, n'est-ce pas? en entourant ces paroles de métaphores brillantes, d'images pompeuses, car ils sont bavards dans la famille! Le pere a parlé jusque sur l'échafaud.
La sueur de la honte coulait au front de Louis. Il sentait qu'il n'était pas de sa dignité d'entendre ainsi insulter son frere, mais il ne savait pas encore comment on voulait, surtout en face de celui devant qui il avait vu tout plier, meme sa mere. Enfin il fit un effort.
- Mais, dit-il, monsieur le cardinal, ce n'est pas cinq cents hommes, c'est deux cents.
- Vous voyez bien que j'avais deviné ce qu'il demandait.
- Je n'ai jamais nié, monsieur, que vous n'eussiez un oeil profond, et c'est pour cela que j'ai pensé que vous ne refuseriez pas a mon frere Charles une chose aussi simple et aussi facile a accorder que celle que je vous demande en son nom, monsieur le cardinal, ou plutôt au mien.
- Sire, dit Mazarin, voila trente ans que je fais de la politique. J'en ai fait d'abord avec M. le cardinal de Richelieu, puis tout seul.
«Cette politique n'a pas toujours été tres honnete, il faut l'avouer; mais elle n'a jamais été maladroite. Or, celle que l'on propose en ce moment a Votre Majesté est malhonnete et maladroite a la fois.
- Malhonnete, monsieur!
- Sire, vous avez fait un traité avec M. Cromwell.
- Oui; et dans ce traité meme M. Cromwell a signé au-dessus de moi.
- Pourquoi avez-vous signé si bas, Sire? M. Cromwell a trouvé une bonne place, il l'a prise; c'était assez son habitude. J'en reviens donc a M. Cromwell. Vous avez fait un traité avec lui, c'est-a-dire avec l'Angleterre, puisque quand vous avez signé ce traité M. Cromwell était l'Angleterre.
- M. Cromwell est mort.
- Vous croyez cela, Sire?
- Mais sans doute, puisque son fils Richard lui a succédé et a abdiqué meme.
- Eh bien! voila justement! Richard a hérité a la mort de Cromwell, et l'Angleterre a l'abdication de Richard. Le traité faisait partie de l'héritage, qu'il fut entre les mains de M. Richard ou entre les mains de l'Angleterre. Le traité est donc bon toujours, valable autant que jamais. Pourquoi l'éluderiez- vous, Sire? Qu'y a-t-il de changé? Charles II veut aujourd'hui ce que nous n'avons pas voulu il y a dix ans; mais c'est un cas prévu. Vous etes l'allié de l'Angleterre, Sire, et non celui de Charles II. C'est malhonnete sans doute, au point de vue de la famille, d'avoir signé un traité avec un homme qui a fait couper la tete au
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