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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 1
- Assez, dit Athos apres un long silence, assez sur ce triste sujet, ou tous deux nous exagérons. Vivez au jour le jour, Raoul; faites votre service, aimez Mlle de La Valliere, en un mot, agissez comme un homme, puisque vous avez l'âge d'homme; seulement, n'oubliez pas que je vous aime tendrement et que vous prétendez m'aimer.
- Ah! monsieur le comte! s'écria Raoul en pressant la main d'Athos sur son coeur.
- Bien, cher enfant; laissez-moi, j'ai besoin de repos. A propos, M. d'Artagnan est revenu d'Angleterre avec moi; vous lui devez une visite.
- J'irai la lui rendre, monsieur, avec une bien grande joie; j'aime tant M. d'Artagnan!
- Vous avez raison: c'est un honnete homme et un brave cavalier.
- Qui vous aime! dit Raoul.
- J'en suis sur... Savez-vous son adresse?
- Mais au Louvre, au Palais-Royal, partout ou est le roi. Ne commande-t-il pas les mousquetaires?
- Non, pour le moment, M. d'Artagnan est en congé; il se repose...
- Ne le cherchez donc pas aux postes de son service. Vous aurez de ses nouvelles chez un certain M. Planchet.
- Son ancien laquais?
- Précisément, devenu épicier.
- Je sais; rue des Lombards?
- Quelque chose comme cela... Ou rue des Arcis.
- Je trouverai, monsieur, je trouverai.
- Vous lui direz mille choses tendres de ma part et l'amenerez dîner avec moi avant mon départ pour La Fere.
- Oui, monsieur.
- Bonsoir, Raoul!
- Monsieur, je vous vois un ordre que je ne vous connaissais pas; recevez mes compliments.
- La Toison?... c'est vrai... Hochet, mon fils... qui n'amuse meme plus un vieil enfant comme moi... Bonsoir, Raoul!
Chapitre LII - La leçon de M. d'Artagnan
Raoul ne trouva pas le lendemain M. d'Artagnan, comme il l'avait espéré. Il ne rencontra que Planchet, dont la joie fut vive en revoyant ce jeune homme, et qui sut lui faire deux ou trois compliments guerriers qui ne sentaient pas du tout l'épicerie. Mais comme Raoul revenait de Vincennes, le lendemain, ramenant cinquante dragons que lui avait confiés M. le prince, il aperçut, sur la place Baudoyer, un homme qui, le nez en l'air, regardait une maison comme on regarde un cheval qu'on a envie d'acheter. Cet homme, vetu
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