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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 1

je vous ai déja dit concernant cette demoiselle. Je ne lui reproche rien, Dieu m'en est témoin; seulement il
n'entre pas dans mes desseins que vous fréquentiez sa maison. Je vous prie encore une fois, mon cher

Raoul, de l'avoir pour entendu. On eut dit que l'oeil si limpide et si pur de Raoul se troublait a cette

parole.

- Maintenant, mon ami, continua le comte avec son doux sourire et sa voix habituelle, parlons d'autre
chose. Vous retournez peut- etre a votre service?

- Non, monsieur, je n'ai plus qu'a demeurer aupres de vous tout aujourd'hui. M. le prince ne m'a
heureusement fixé d'autre devoir que celui-la, qui était si bien d'accord avec mes désirs.

- Le roi se porte bien?

- A merveille.

- Et M. le Prince aussi?

- Comme toujours, monsieur.

Le comte oubliait Mazarin: c'était une vieille habitude.

- Eh bien! Raoul, puisque vous n'etes plus qu'a moi, je vous donnerai, de mon côté, toute ma journée.
Embrassez-moi... encore... encore... Vous etes chez vous, vicomte... Ah! voici notre vieux Grimaud!...

Venez, Grimaud, M. le vicomte veut vous embrasser aussi.

Le grand vieillard ne se le fit pas répéter; il accourait les bras ouverts. Raoul lui épargna la moitié du
chemin.

- Maintenant, voulez-vous que nous passions au jardin, Raoul? Je vous montrerai le nouveau logement
que j'ai fait préparer pour vous a vos congés, et, tout en regardant les plantations de cet hiver et deux

chevaux de main que j'ai changés, vous me donnerez des nouvelles de nos amis de Paris.

Le comte ferma son manuscrit, prit le bras du jeune homme et passa au jardin avec lui.

Grimaud regarda mélancoliquement partir Raoul, dont la tete effleurait presque la traverse de la porte, et,
tout en caressant sa royale blanche, il laissa échapper ce mot profond:

- Grandi!

Chapitre V - Ou il sera parlé de Cropoli, de Cropole et d'un grand peintre inconnu

Tandis que le comte de La Fere visite avec Raoul les nouveaux bâtiments qu'il a fait bâtir, et les chevaux
neufs qu'il a fait acheter, nos lecteurs nous permettront de les ramener a la ville de Blois et de les faire

assister au mouvement inaccoutumé qui agitait la ville. C'était surtout dans les hôtels que s'était fait sentir

le contrecoup de la nouvelle apportée par Raoul.

En effet, le roi et la cour a Blois, c'est-a-dire cent cavaliers, dix carrosses, deux cents chevaux, autant de
valets que de maîtres, ou se caserait tout ce monde, ou se logeraient tous ces gentilshommes des environs

qui allaient arriver dans deux ou trois heures peut-etre, aussitôt que la nouvelle aurait élargi le centre de

son retentissement, comme ces circonférences croissantes que produit la chute d'une pierre dans l'eau

d'un lac tranquille?

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