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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 1
Athos secoua la tete et lut:
«Monsieur le comte, Le roi a éprouvé bien du regret de ne pas vous voir aujourd'hui pres de lui a son entrée; Sa Majesté me charge de vous le mander et de la rappeler a votre souvenir. Sa Majesté attendra Votre Honneur ce soir meme, au palais de Saint James, entre neuf et onze heures.
Je suis avec respect, monsieur le comte, de Votre Honneur, Le tres humble et tres obéissant serviteur, Parry.»
- Vous le voyez, mon cher d'Artagnan, dit Athos, il ne faut pas désespérer du coeur des rois.
- N'en désespérez pas, vous avez raison, repartit d'Artagnan.
- Oh! cher, bien cher ami, reprit Athos, a qui l'imperceptible amertume de d'Artagnan n'avait pas échappé, pardon. Aurais-je blessé, sans le vouloir, mon meilleur camarade?
- Vous etes fou, Athos, et la preuve, c'est que je vais vous conduire jusqu'au château, jusqu'a la porte, s'entend; cela me promenera.
- Vous entrerez avec moi, mon ami, je veux dire a Sa Majesté...
- Allons donc! répliqua d'Artagnan avec une fierté vraie et pure de tout mélange, s'il est quelque chose de pire que de mendier soi-meme, c'est de faire mendier par les autres.
- Ça! partons, mon ami, la promenade sera charmante; je veux, en passant, vous montrer la maison de M. Monck, qui m'a retiré chez lui: une belle maison, ma foi! Etre général en Angleterre rapporte plus que d'etre maréchal en France, savez-vous?
Athos se laissa emmener, tout triste de cette gaieté qu'affectait d'Artagnan.
Toute la ville était dans l'allégresse; les deux amis se heurtaient a chaque moment contre des enthousiastes, qui leur demandaient dans leur ivresse de crier: «Vive le bon roi Charles!». D'Artagnan répondait par un grognement, et Athos par un sourire. Ils arriverent ainsi jusqu'a la maison de Monck, devant laquelle, comme nous l'avons dit, il fallait passer, en effet, pour se rendre au palais de Saint-James.
Athos et d'Artagnan parlerent peu durant la route, par cela meme qu'ils eussent eu sans doute trop de choses a se dire s'ils eussent parlé. Athos pensait que, parlant, il semblerait témoigner de la joie, et que cette joie pourrait blesser d'Artagnan. Celui- ci, de son côté, craignait, en parlant, de laisser percer une aigreur qui le rendrait genant pour Athos.
C'était une singuliere émulation de silence entre le contentement et la mauvaise humeur. D'Artagnan céda le premier a cette démangeaison qu'il éprouvait d'habitude a l'extrémité de la langue.
- Vous rappelez-vous, Athos, dit-il, le passage des Mémoires de d'Aubigné, dans lequel ce dévoué serviteur, gascon comme moi, pauvre comme moi, et j'allais presque dire brave comme moi, raconte les ladreries de Henri IV? Mon pere m'a toujours dit, je m'en souviens, que M. d'Aubigné était menteur. Mais pourtant, examinez comme tous les princes issus du grand Henri chassent de race!
- Allons, allons, d'Artagnan, dit Athos, les rois de France avares? Vous etes fou, mon ami.
- Oh! vous ne convenez jamais des défauts d'autrui, vous qui etes parfait. Mais, en réalité, Henri IV était
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