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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 1
Mais Monck, libre et sans inquiétudes, marcha sur Londres en vainqueur, grossissant son armée de tous les partis flottants sur son passage. Il vint camper a Barnet, c'est-a-dire a quatre lieues, chéri du Parlement, qui croyait voir en lui un protecteur, et attendu par le peuple, qui voulait le voir se dessiner pour le juger. D'Artagnan lui-meme n'avait rien pu juger de sa tactique. Il observait, il admirait.
Monck ne pouvait entrer a Londres avec un parti pris sans y rencontrer la guerre civile. Il temporisa quelque temps.
Soudain, sans que personne s'y attendît, Monck fit chasser de Londres le parti militaire, s'installa dans la Cité au milieu des bourgeois par ordre du Parlement, puis, au moment ou les bourgeois criaient contre Monck, au moment ou les soldats eux-memes accusaient leur chef, Monck, se voyant bien sur de la majorité, déclara au Parlement Croupion qu'il fallait abdiquer, lever le siege, et céder sa place a un gouvernement qui ne fut pas une plaisanterie. Monck prononça cette déclaration, appuyé sur cinquante mille épées, auxquelles, le soir meme, se joignirent, avec des hourras de joie délirante, cinq cent mille habitants de la bonne ville de Londres.
Enfin, au moment ou le peuple, apres son triomphe et ses repas orgiaques en pleine rue, cherchait des yeux le maître qu'il pourrait bien se donner, on apprit qu'un bâtiment venait de partir de La Haye, portant Charles II et sa fortune.
- Messieurs, dit Monck a ses officiers, je pars au-devant du roi légitime. Qui m'aime me suive!
Une immense acclamation accueillit ces paroles, que d'Artagnan n'entendit pas sans un frisson de plaisir.
- Mordioux! dit-il a Monck, c'est hardi, monsieur.
- Vous m'accompagnez, n'est-ce pas? dit Monck.
- Pardieu, général! Mais, dites-moi, je vous prie, ce que vous aviez écrit avec Athos, c'est-a-dire avec M. le comte de La Fere... vous savez... le jour de notre arrivée?
- Je n'ai pas de secrets pour vous, répliqua Monck: j'avais écrit ces mots: «Sire, j'attends Votre Majesté dans six semaines a Douvres.»
- Ah! fit d'Artagnan, je ne dis plus que c'est hardi; je dis que c'est bien joué. Voila un beau coup.
- Vous vous y connaissez, répliqua Monck.
C'était la seule allusion que le général eut jamais faite a son voyage en Hollande.
Chapitre XXXII - Comment Athos et d'Artagnan se retrouvent encore une fois a l'hôtellerie de la Corne du Cerf
Le roi d'Angleterre fit son entrée en grande pompe a Douvres, puis a Londres. Il avait mandé ses freres; il avait amené sa mere et sa soeur. L'Angleterre était depuis si longtemps livrée a elle-meme, c'est-a-dire a la tyrannie, a la médiocrité et a la déraison, que ce retour du roi Charles II, que les Anglais ne connaissaient cependant que comme le fils d'un homme auquel ils avaient coupé la tete, fut une fete pour les trois royaumes. Aussi, tous ces voeux, toutes ces acclamations qui accompagnaient son retour, frapperent tellement le jeune roi, qu'il se pencha a l'oreille de Jack d'York, son jeune frere, pour lui dire:
- En vérité, Jack, il me semble que c'est bien notre faute si nous avons été si longtemps absents d'un pays
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