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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 1
Monck marchait a grands pas. On eut dit qu'il n'était pas encore bien sur d'avoir reconquis la terre d'Angleterre, et déja l'on apercevait distinctement les quelques maisons de marins et de pecheurs éparses sur le petit quai de cet humble port.
Tout a coup d'Artagnan s'écria:
- Eh! mais, Dieu me pardonne, voila une maison qui brule!
Monck leva les yeux C'était bien en effet le feu qui commençait a dévorer une maison. Il avait été mis a un petit hangar attenant a cette maison, dont il commençait a ronger la toiture. Le vent frais du soir venait en aide a l'incendie. Les deux voyageurs hâterent le pas, entendirent de grands cris et virent, en s'approchant, les soldats qui agitaient leurs armes et tendaient le poing vers la maison incendiée. C'était sans doute cette menaçante occupation qui leur avait fait négliger de signaler la felouque. Monck s'arreta court un instant, et pour la premiere fois formula sa pensée avec des paroles.
- Eh! dit-il, ce ne sont peut-etre plus mes soldats, mais ceux de Lambert.
Ces mots renfermaient tout a la fois une douleur, une appréhension et un reproche que d'Artagnan comprit a merveille. En effet, pendant l'absence du général, Lambert pouvait avoir livré bataille, vaincu, dispersé les parlementaires et pris avec son armée la place de l'armée de Monck, privée de son plus ferme appui. A ce doute qui passa de l'esprit de Monck au sien, d'Artagnan fit ce raisonnement: «Il va arriver de deux choses l'une: ou Monck a dit juste, et il n'y a plus que des lambertistes dans le pays, c'est-a-dire des ennemis qui me recevront a merveille, puisque c'est a moi qu'ils devront leur victoire; ou rien n'est changé, et Monck, transporté d'aise en retrouvant son camp a la meme place, ne se montrera pas trop dur dans ses représailles.»
Tout en pensant de la sorte, les deux voyageurs avançaient, et ils commençaient a se trouver au milieu d'une petite troupe de marins qui regardaient avec douleur bruler la maison, mais qui n'osaient rien dire, effrayés par les menaces des soldats. Monck s'adressa a un de ces marins.
- Que se passe-t-il donc? demanda-t-il.
- Monsieur, répondit cet homme, ne reconnaissant pas Monck pour un officier sous l'épais manteau qui l'enveloppait, il y a que cette maison était habitée par un étranger, et que cet étranger est devenu suspect aux soldats. Alors ils ont voulu pénétrer chez lui sous prétexte de le conduire au camp; mais lui, sans s'épouvanter de leur nombre, a menacé de mort le premier qui essaierait de franchir le seuil de la porte; et comme il s'en est trouvé un qui a risqué la chose, le Français l'a étendu a terre d'un coup de pistolet.
- Ah! c'est un Français? dit d'Artagnan en se frottant les mains. Bon!
- Comment, bon? fit le pecheur.
- Non, je voulais dire... apres... la langue m'a fourché.
- Apres, monsieur? les autres sont devenus enragés comme des lions; ils ont tiré plus de cent coups de mousquet sur la maison; mais le Français était a l'abri derriere le mur, et chaque fois qu'on voulait entrer par la porte, on essuyait un coup de feu de son laquais, qui tire juste, allez! Chaque fois qu'on menaçait la fenetre, on rencontrait le pistolet du maître. Comptez, il y a sept hommes a terre.
- Ah! mon brave compatriote! s'écria d'Artagnan, attends, attends, je vais a toi, et nous aurons raison de
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