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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 1

- Dites seulement votre nom.

- Je n'aime pas davantage a décliner mon nom en plein air; d'ailleurs, soyez tranquille, je ne mangerai pas
votre chien, et je prie Dieu qu'il soit aussi réservé a mon égard.

- Vous apportez des nouvelles peut-etre, n'est-ce pas, monsieur? reprit la voix, patiente et questionneuse
comme celle d'un vieillard.

- Je vous en réponds, que j'en apporte des nouvelles, et auxquelles on ne s'attend pas, encore! Ouvrez
donc, s'il vous plaît, hein?

- Monsieur, poursuivit le vieillard, sur votre âme et conscience, croyez-vous que vos nouvelles vaillent la
peine de réveiller le roi?

- Pour l'amour de Dieu! mon cher monsieur, tirez vos verrous, vous ne serez pas fâché, je vous jure, de la
peine que vous aurez prise. Je vaux mon pesant d'or, ma parole d'honneur!

- Monsieur, je ne puis pourtant pas ouvrir que vous ne me disiez votre nom.

- Il le faut donc?

- C'est l'ordre de mon maître, monsieur.

- Eh bien! mon nom, le voici... mais je vous en préviens, mon nom ne vous apprendra absolument rien.

- N'importe, dites toujours.

- Eh bien! je suis le chevalier d'Artagnan.

La voix poussa un cri.

- Ah! mon Dieu! dit le vieillard de l'autre côté de la porte, monsieur d'Artagnan! quel bonheur! Je me
disais bien a moi-meme que je connaissais cette voix-la.

- Tiens! dit d'Artagnan, on connaît ma voix ici! C'est flatteur.

- Oh! oui, on la connaît, dit le vieillard en tirant les verrous, et en voici la preuve.

Et a ces mots il introduisit d'Artagnan, qui, a la lueur de la lanterne qu'il portait a la main, reconnut son
interlocuteur obstiné.

- Ah! mordioux! s'écria-t-il, c'est Parry! j'aurais du m'en douter.

- Parry, oui, mon cher monsieur d'Artagnan, c'est moi. Quelle joie de vous revoir!

- Vous avez bien dit: quelle joie! fit d'Artagnan serrant les mains du vieillard. Ça! vous allez prévenir le
roi, n'est-ce pas?

- Mais le roi dort, mon cher monsieur.

- Mordioux! réveillez-le, et il ne vous grondera pas de l'avoir dérangé, c'est moi qui vous le dis.

- Vous venez de la part du comte, n'est-ce-pas?

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