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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 1

mes devoirs a M. le comte mon pere.

- C'est vrai, c'est vrai, monsieur Raoul, présentez-lui en meme temps mes bien humbles respects, je vous
prie.

Raoul se débarrassa encore du vieux gentilhomme et continua son chemin.

Comme il passait sous le porche tenant son cheval par la bride, une petite voix l'appela du fond d'une
allée obscure.

- Monsieur Raoul! dit la voix.

Le jeune homme se retourna surpris, et vit une jeune fille brune qui appuyait un doigt sur ses levres et qui
lui tendait la main. Cette jeune fille lui était inconnue.

Chapitre III - L'entrevue

Raoul fit un pas vers la jeune fille qui l'appelait ainsi.

- Mais mon cheval, madame, dit-il.

- Vous voila bien embarrassé! Sortez; il y a un hangar dans la premiere cour, attachez la votre cheval et
venez vite.

- J'obéis, madame.

Raoul ne fut pas quatre minutes a faire ce qu'on lui avait recommandé; il revint a la petite porte, ou, dans
l'obscurité, il revit sa conductrice mystérieuse qui l'attendait sur les premiers degrés d'un escalier

tournant.

- Etes-vous assez brave pour me suivre, monsieur le chevalier errant? demanda la jeune fille en riant du
moment d'hésitation qu'avait manifesté Raoul.

Celui-ci répondit en s'élançant derriere elle dans l'escalier sombre. Ils gravirent ainsi trois étages, lui
derriere elle, effleurant de ses mains, lorsqu'il cherchait la rampe, une robe de soie qui frôlait aux deux

parois de l'escalier. A chaque faux pas de Raoul, sa conductrice lui criait un chut! sévere et lui

tendait une main douce et parfumée.

- On monterait ainsi jusqu'au donjon du château sans s'apercevoir de la fatigue, dit Raoul.

- Ce qui signifie, monsieur, que vous etes fort intrigué, fort las et fort inquiet; mais rassurez-vous, nous
voici arrivés.

La jeune fille poussa une porte qui, sur-le-champ, sans transition aucune, emplit d'un flot de lumiere le
palier de l'escalier au haut duquel Raoul apparaissait, tenant la rampe. La jeune fille marchait toujours, il

la suivit; elle entra dans une chambre, Raoul entra comme elle. Aussitôt qu'il fut dans le piege, il entendit

pousser un grand cri, se retourna, et vit a deux pas de lui, les mains jointes, les yeux fermés, cette belle

jeune fille blonde, aux prunelles bleues, aux blanches épaules, qui, le reconnaissant, l'avait appelé Raoul.

Il la vit et devina tant d'amour, tant de bonheur dans l'expression de ses yeux, qu'il se laissa tomber a
genoux tout au milieu de la chambre, en murmurant de son côté le nom de Louise.

- Ah! Montalais! Montalais! soupira celle-ci, c'est un grand péché que de tromper ainsi.

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