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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 1

sans armes offensives ni défensives.

«Voila, en vérité, un singulier homme, se dit Monck, il est sans arme aucune; il a donc une embuscade
placée la-bas?»

- Général, dit Athos, comme s'il eut deviné la pensée de Monck, vous voulez que nous soyons seuls, c'est
fort bien; mais un grand capitaine ne doit jamais s'exposer avec témérité: il fait nuit, le passage du marais

peut offrir des dangers, faites-vous accompagner.

- Vous avez raison, dit Monck.

Et appelant:

- Digby!

L'aide de camp parut.

- Cinquante hommes avec l'épée et le mousquet, dit-il.

Et il regardait Athos.

- C'est bien peu, dit Athos, s'il y a du danger; c'est trop, s'il n'y en a pas.

- J'irai seul, dit Monck. Digby, je n'ai besoin de personne. Venez, monsieur.

Chapitre XXV - Le marais

Athos et Monck traverserent, allant du camp vers la Tweed, cette partie de terrain que Digby avait fait
traverser aux pecheurs venant de la Tweed au camp. L'aspect de ce lieu, l'aspect des changements qu'y

avaient apportés les hommes, était de nature a produire le plus grand effet sur une imagination délicate et

vive comme celle d'Athos. Athos ne regardait que ces lieux désolés; Monck ne regardait qu'Athos, Athos

qui, les yeux tantôt vers le ciel, tantôt vers la terre, cherchait, pensait, soupirait.

Digby, que le dernier ordre du général, et surtout l'accent avec lequel il avait été donné, avait un peu ému
d'abord, Digby suivit les nocturnes promeneurs pendant une vingtaine de pas; mais le général s'étant

retourné, comme s'il s'étonnait que l'on n'exécutât point ses ordres, l'aide de camp comprit qu'il était

indiscret et rentra dans sa tente. Il supposait que le général voulait faire incognito dans son camp une de

ces revues de vigilance que tout capitaine expérimenté ne manque jamais de faire a la veille d'un

engagement décisif, il s'expliquait en ce cas la présence d'Athos, comme un inférieur s'explique tout ce

qui est mystérieux de la part du chef, Athos pouvait etre, et meme aux yeux de Digby devait etre un

espion dont les renseignements allaient éclairer le général. Au bout de dix minutes de marche a peu pres

parmi les tentes et les postes, plus serrés aux environs du quartier général, Monck s'engagea sur une

petite chaussée qui divergeait en trois branches. Celle de gauche conduisait a la riviere, celle du milieu a

l'abbaye de Newcastle sur le marais, celle de droite traversait les premieres lignes du camp de Monck,

c'est-a-dire les lignes les plus rapprochées de l'armée de Lambert.

Au-dela de la riviere était un poste avancé appartenant a l'armée de Monck et qui surveillait l'ennemi; il
était composé de cent cinquante Écossais. Ils avaient passé la Tweed a la nage en donnant l'alarme; mais

comme il n'y avait pas de pont en cet endroit, et que les soldats de Lambert n'étaient pas aussi prompts a

se mettre a l'eau que les soldats de Monck, celui-ci ne paraissait pas avoir de grandes inquiétudes de ce

côté.

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