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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 1
hôtes dans une tente assez propre d'ou fut délogée une cantiniere irlandaise qui s'en alla coucher ou elle put avec ses six enfants. Un grand feu brulait en avant de cette tente et projetait sa lumiere pourprée sur les flaques herbeuses du marais que ridait une brise assez fraîche. Puis l'installation faite, l'aide de camp souhaita le bonsoir aux matelots en leur faisant observer que l'on voyait du seuil de la tente les mâts de la barque qui se balançait sur la Tweed, preuve qu'elle n'avait pas encore coulé a fond. Cette vue parut réjouir infiniment le chef des pecheurs.
Chapitre XXIV - Le trésor
Le gentilhomme français que Spithead avait annoncé a Monck, et qui avait passé si bien enveloppé de son manteau pres du pecheur qui sortait de la tente du général cinq minutes avant qu'il y entrât, le gentilhomme français traversa les différents postes sans meme jeter les yeux autour de lui, de peur de paraître indiscret. Comme l'ordre en avait été donné, on le conduisit a la tente du général. Le gentilhomme fut laissé seul dans l'antichambre qui précédait la tente, et il attendit Monck, qui ne tarda a paraître que le temps qu'il mit a entendre le rapport de ses gens et a étudier par la cloison de toile le visage de celui qui sollicitait un entretien. Sans doute le rapport de ceux qui avaient accompagné le gentilhomme français établissait la discrétion avec laquelle il s'était conduit, car la premiere impression que l'étranger reçut de l'accueil fait a lui par le général fut plus favorable qu'il n'avait a s'y attendre en un pareil moment, et de la part d'un homme si soupçonneux.
Néanmoins, selon son habitude, lorsque Monck se trouva en face de l'étranger, il attacha sur lui ses regards perçants, que, de son côté, l'étranger soutint sans etre embarrassé ni soucieux. Au bout de quelques secondes, le général fit un geste de la main et de la tete en signe qu'il attendait.
- Milord, dit le gentilhomme en excellent anglais, j'ai fait demander une entrevue a Votre Honneur pour affaire de conséquence.
- Monsieur, répondit Monck en français, vous parlez purement notre langue pour un fils du continent. Je vous demande bien pardon, car sans doute la question est indiscrete, parlez-vous le français avec la meme pureté?
- Il n'y a rien d'étonnant, milord, a ce que je parle anglais assez familierement; j'ai, dans ma jeunesse, habité l'Angleterre, et depuis j'y ai fait deux voyages.
Ces mots furent dits en français et avec une pureté de langue qui décelait non seulement un Français, mais encore un Français des environs de Tours.
- Et quelle partie de l'Angleterre avez-vous habitée, monsieur?
- Dans ma jeunesse, Londres, milord; ensuite, vers 1635, j'ai fait un voyage de plaisir en Écosse; enfin, en 1648, j'ai habité quelque temps Newcastle, et particulierement le couvent dont les jardins sont occupés par votre armée.
- Excusez-moi, monsieur, mais de ma part, vous comprenez ces questions, n'est-ce pas?
- Je m'étonnerais, milord, qu'elles ne fussent point faites.
- Maintenant, monsieur, que puis-je pour votre service, et que désirez-vous de moi?
- Voici, milord; mais, auparavant, sommes-nous seuls?
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