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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2

j'appelai; l'un d'eux me donna un coup sur la tête et je tombai évanoui.

- Pauvre garçon! Et te voilà bien rétabli, maintenant?

- Oui, madame.

- De sorte que tu cherches le roi de Navarre pour rentrer chez lui?

- Non, madame. Le roi de Navarre, ayant appris que j'avais osé résisté aux ordres de Votre Majesté, m'a
chassé sans miséricorde.

- Vraiment! dit Catherine avec une intonation pleine d'intérêt. Eh bien, je me charge de cette affaire. Mais
si tu attends madame de Sauve, tu l'attendras inutilement; elle est occupée au-dessus d'ici, chez moi, dans

mon cabinet.

Et Catherine, pensant qu'Orthon n'avait peut-être pas eu le temps de cacher le billet derrière la glace,
entra dans le cabinet de madame de Sauve pour laisser toute liberté au jeune homme.

Au même moment, et comme Orthon, inquiet de cette arrivée inattendue de la reine mère, se demandait
si cette arrivée ne cachait pas quelque complot contre son maître, il entendit frapper trois petits coups au

plafond; c'était le signal qu'il devait lui- même donner à son maître dans le cas de danger, quand son

maître était chez madame de Sauve et qu'il veillait sur lui.

Ces trois coups le firent tressaillir; une révélation mystérieuse l'éclaira, et il pensa que cette fois l'avis
était donné à lui- même; il courut donc au miroir, et en retira le billet qu'il y avait déjà posé.

Catherine suivait, à travers une ouverture de la tapisserie, tous les mouvements de l'enfant; elle le vit
s'élancer vers le miroir, mais elle ne sut si c'était pour y cacher le billet ou pour l'en retirer.

- Eh bien, murmura l'impatiente Florentine, pourquoi tarde-t-il donc maintenant à partir? Et elle rentra
aussitôt dans la chambre le visage souriant.

- Encore ici, petit garçon? dit-elle. Eh bien! mais qu'attends-tu donc? Ne t'ai-je pas dit que je prenais en
main le soin de ta petite fortune? Quand je te dis une chose, en doutes-tu?

- Oh! madame, Dieu m'en garde! répondit Orthon. Et l'enfant, s'approchant de la reine, mit un genou en
terre, baisa le bas de sa robe et sortit rapidement. En sortant il vit dans l'antichambre le capitaine des

gardes qui attendait Catherine. Cette vue n'était pas faite pour éloigner ses soupçons; aussi ne fit-elle que

les redoubler. De son côté Catherine n'eut pas plus tôt vu la tapisserie de la portière retomber derrière

Orthon, qu'elle s'élança vers le miroir. Mais ce fut inutilement qu'elle plongea derrière lui sa main

tremblante d'impatience, elle ne trouva aucun billet. Et cependant elle était sûre d'avoir vu l'enfant

s'approcher du miroir. C'était donc pour reprendre et non pour déposer. La fatalité donnait une force

égale à ses adversaires. Un enfant devenait un homme du moment où il luttait contre elle. Elle remua,

regarda, sonda: rien! ...

- Oh! le malheureux! s'écria-t-elle. Je ne lui voulais cependant pas de mal, et voilà qu'en retirant le billet
il va au-devant de sa destinée. Holà! monsieur de Nancey, holà!

La voix vibrante de la reine mère traversa le salon et pénétra jusque dans l'antichambre ou se tenait,
comme nous l'avons dit, le capitaine des gardes.

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