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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2

l'établissement, qui joignait à son titre de concierge l'industrie de gargotier, vint au bout d'un instant lui
apporter une espèce de cordial.

Le malade était là depuis dix minutes et avait à plusieurs reprises porté à sa bouche la tasse de faïence
dont il dégustait le contenu à petites gorgées, lorsque tout à coup son visage prit, malgré l'intéressante

pâleur qui le couvrait, une expression effrayante. Il venait d'apercevoir, venant de la Croix-Faubin par un

sentier qui est aujourd'hui la rue de Naples, un cavalier enveloppé d'un grand manteau, lequel s'arrêta

proche du bastion et attendit.

Il y était depuis cinq minutes, et l'homme au visage pâle, que le lecteur a peut-être déjà reconnu pour
Maurevel, avait à peine eu le temps de se remettre de l'émotion que lui avait causée sa présence,

lorsqu'un jeune homme au justaucorps serré comme celui d'un page arriva par ce chemin qui fut depuis la

rue des Fossés- Saint-Nicolas, et rejoignit le cavalier.

Perdu dans sa tonnelle de feuillage, Maurevel pouvait tout voir et même tout entendre sans peine, et
quand on saura que le cavalier était de Mouy et le jeune homme au justaucorps serré Orthon, on jugera si

les oreilles et les yeux étaient occupés.

L'un et l'autre regardèrent autour d'eux avec la plus minutieuse attention; Maurevel retenait son souffle.

- Vous pouvez parler, monsieur, dit le premier Orthon, qui, étant le plus jeune, était le plus confiant,
personne ne nous voit ni ne nous écoute.

- C'est bien, dit de Mouy. Tu vas allez chez madame de Sauve; tu remettras ce billet à elle-même, si tu la
trouves chez elle; si elle n'y est pas, tu le déposeras derrière le miroir où le roi avait l'habitude de mettre

les siens; puis tu attendras dans le Louvre. Si l'on te donne une réponse, tu l'apporteras où tu sais; si tu

n'en as pas, tu viendras me chercher ce soir avec un poitrinal à l'endroit que je t'ai désigné et d'où je sors.

- Bien, dit Orthon; je sais.

- Moi, je te quitte; j'ai fort affaire pendant toute la journée. Ne te hâte pas, toi, ce serait inutile; tu n'as pas
besoin d'arriver au Louvre avant qu'il y soit, et je crois qu'il prend une leçon de chasse au

vol ce matin. Va, et montre-toi hardiment. Tu es rétabli, tu viens remercier madame de Sauve des bontés

qu'elle a eues pour toi pendant ta convalescence. Va, enfant, va.

Maurevel écoutait, les yeux fixes, les cheveux hérissés, la sueur sur le front. Son premier mouvement
avait été de détacher un pistolet de son agrafe et d'ajuster de Mouy; mais un mouvement qui avait

entrouvert son manteau lui avait montré sous ce manteau une cuirasse bien ferme et bien solide. Il était

donc probable que la balle s'aplatirait sur cette cuirasse, ou qu'elle frapperait dans quelque endroit du

corps où la blessure qu'elle ferait ne serait pas mortelle. D'ailleurs il pensa que de Mouy, vigoureux et

bien armé, aurait bon marché de lui, blessé comme il l'était, et, avec un soupir, il retira à lui son pistolet

déjà étendu vers le huguenot.

- Quel malheur, murmura-t-il, de ne pouvoir l'abattre ici sans autre témoin que ce brigandeau à qui mon
second coup irait si bien!

Mais en ce moment Maurevel réfléchit que ce billet donné à Orthon, et qu'Orthon devait remettre à
madame de Sauve, était peut-être plus important que la vie même du chef huguenot.

- Ah! dit-il, tu m'échappes encore ce matin; soit. Éloigne-toi sain et sauf; mais j'aurai mon tour demain,

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