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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2

Henri, même après le refus du duc d'Alençon qui remettait tout en question, jusqu'à son existence, était
devenu, s'il était possible, encore plus grand ami du prince qu'il ne l'était auparavant.

Catherine conclut de cette intimité que les deux princes non seulement s'entendaient, mais encore
conspiraient ensemble. Elle interrogea là-dessus Marguerite; mais Marguerite était sa digne fille, et la

reine de Navarre, dont le principal talent était d'éviter une explication scabreuse, se garda si bien des

questions de sa mère, qu'après avoir répondu à toutes, elle la laissa plus embarrassée qu'auparavant.

La Florentine n'eut donc plus pour la conduire que cet instinct intrigant qu'elle avait apporté de la
Toscane, le plus intrigant des petits États de cette époque, et ce sentiment de haine qu'elle avait puisé à la

cour de France, qui était la cour la plus divisée d'intérêts et d'opinions de ce temps.

Elle comprit d'abord qu'une partie de la force du Béarnais lui venait de son alliance avec le duc
d'Alençon, et elle résolut de l'isoler.

Du jour où elle eut pris cette résolution, elle entoura son fils avec la patience et le talent du pêcheur, qui,
lorsqu'il a laissé tomber les plombs loin du poisson, les traîne insensiblement jusqu'à ce que de tous côtés

ils aient enveloppé sa proie.

Le duc François s'aperçut de ce redoublement de caresses, et de son côté fit un pas vers sa mère. Quant à
Henri, il feignit de ne rien voir, et surveilla son allié de plus près qu'il ne l'avait fait encore.

Chacun attendait un événement.

Or, tandis que chacun était dans l'attente de cet événement, certain pour les uns, probable pour les autres,
un matin que le soleil s'était levé rose et distillant cette tiède chaleur et ce doux parfum qui annonce un

beau jour, un homme pâle, appuyé sur un bâton et marchant péniblement, sortit d'une petite maison sise

derrière l'Arsenal et s'achemina par la rue du Petit-Musc.

Vers la porte Saint-Antoine, et après avoir longé cette promenade qui tournait comme une prairie
marécageuse autour des fossés de la Bastille, il laissa le grand boulevard à sa gauche et entra dans le

jardin de l'Arbalète, dont le concierge le reçut avec de grandes salutations.

Il n'y avait personne dans ce jardin, qui, comme l'indique son nom, appartenait à une société particulière:
celle des arbalétriers. Mais, y eût-il eu des promeneurs, l'homme pâle eût été digne de tout leur intérêt,

car sa longue moustache, son pas qui conservait une allure militaire, bien qu'il fût ralenti par la

souffrance, indiquaient assez que c'était quelque officier blessé dans une occasion récente qui essayait ses

forces par un exercice modéré et reprenait la vie au soleil.

Cependant, chose étrange! lorsque le manteau dont, malgré la chaleur naissante, cet homme en apparence
inoffensif était enveloppé s'ouvrait, il laissait voir deux longs pistolets pendant aux agrafes d'argent de sa

ceinture, laquelle serrait en outre un large poignard et soutenait une longue épée qu'il semblait ne pouvoir

tirer, tant elle était colossale, et qui, complétant cet arsenal vivant, battait de son fourreau deux jambes

amaigries et tremblantes. En outre, et pour surcroît de précautions, le promeneur, tout solitaire qu'il était,

lançait à chaque pas un regard scrutateur, comme pour interroger chaque détour d'allée, chaque buisson,

chaque fossé.

Ce fut ainsi que cet homme pénétra dans le jardin, gagna paisiblement une espèce de petite tonnelle
donnant sur les boulevards, dont il n'était séparé que par une haie épaisse et un petit fossé qui formaient

sa double clôture. Là, il s'étendit sur un banc de gazon à portée d'une table où le gardien de

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