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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2
- Regardez, monsieur de Nancey, lui dit-elle, mais sans affectation; regardez le seigneur Lasco, celui qui parle en ce moment. Derrière lui... c'est cela... voyez-vous un vieillard à barbe blanche, en habit de velours noir?
- Oui, madame, répondit le capitaine.
- Bon, ne le perdez pas de vue.
- Celui auquel le roi de Navarre fait un signe?
- Justement. Placez-vous à la porte du Louvre avec dix hommes, et, quand il sortira, invitez-le de la part du roi à dîner. S'il vous suit, conduisez-le dans une chambre où vous le retiendrez prisonnier. S'il vous résiste, emparez vous-en mort ou vif. Allez! allez!
Heureusement Henri, fort peu occupé du discours de Marguerite, avait l'oeil arrêté sur Catherine, et n'avait point perdu une seule expression de son visage. En voyant les yeux de la reine mère fixés avec un si grand acharnement sur de Mouy, il s'inquiéta; en lui voyant donner un ordre au capitaine des gardes, il comprit tout.
Ce fut en ce moment qu'il fit le geste qu'avait surpris M. de Nancey, et qui, dans la langue des signes, voulait dire: Vous êtes découvert, sauvez-vous à l'instant même.
De Mouy comprit ce geste, qui couronnait si bien la portion du discours de Marguerite qui lui était adressé. Il ne se le fit pas dire deux fois, il se perdit dans la foule, et disparut.
Mais Henri ne fut tranquille que lorsqu'il eut vu M. de Nancey revenir à Catherine, et qu'il eut compris à la contraction du visage de la reine mère que celui-ci lui annonçait qu'il était arrivé trop tard. L'audience était finie. Marguerite échangeait encore quelques paroles non officielles avec Lasco.
Le roi se leva chancelant, salua et sortit appuyé sur l'épaule d'Ambroise Paré, qui ne le quittait pas depuis l'accident qui lui était arrivé.
Catherine, pâle de colère, et Henri, muet de douleur, le suivirent.
Quant au duc d'Alençon, il s'était complètement effacé pendant la cérémonie; et pas une fois le regard de Charles qui ne s'était pas écarté un instant du duc d'Anjou, ne s'était fixé sur lui.
Le nouveau roi de Pologne se sentait perdu. Loin de sa mère, enlevé par ces barbares du Nord, il était semblable à Antée, ce fils de la Terre, qui perdait ses forces, soulevé dans les bras d'Hercule. Une fois hors de la frontière, le duc d'Anjou se regardait comme à tout jamais exclu du trône de France.
Aussi, au lieu de suivre le roi, ce fut chez sa mère qu'il se retira.
Il la trouva non moins sombre et non moins préoccupée que lui- même, car elle songeait à cette tête fine et moqueuse qu'elle n'avait point perdue de vue pendant la cérémonie, à ce Béarnais auquel la destinée semblait faire place en balayant autour de lui les rois, princes assassins, ses ennemis et ses obstacles.
En voyant son fils bien-aimé pâle sous sa couronne, brisé sous son manteau royal, joignant sans rien dire, en signe de supplication, ses belles mains, qu'il tenait d'elle, Catherine se leva et alla à lui.
- Oh! ma mère, s'écria le roi de Pologne, me voilà condamné à mourir dans l'exil!
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