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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2

Près de l'évêque marchait le palatin Lasco, puissant seigneur si rapproché de la couronne qu'il avait la
richesse d'un roi comme il en avait l'orgueil.

Après les deux ambassadeurs principaux, qu'accompagnaient deux autres palatins de haute naissance,
venait une quantité de seigneurs polonais dont les chevaux, harnachés de soie, d'or et de pierreries,

excitèrent la bruyante approbation du peuple. En effet, les cavaliers français, malgré la richesse de leurs

équipages, étaient complètement éclipsés par ces nouveaux venus, qu'ils appelaient dédaigneusement des

barbares.

Jusqu'au dernier moment, Catherine avait espéré que la réception serait remise encore et que la décision
du roi céderait à sa faiblesse, qui continuait. Mais lorsque le jour fut venu, lorsqu'elle vit Charles, pâle

comme un spectre, revêtir le splendide manteau royal, elle comprit qu'il fallait plier en apparence sous

cette volonté de fer, et elle commença de croire que le plus sûr parti pour Henri d'Anjou était l'exil

magnifique auquel il était condamné.

Charles, à part les quelques mots qu'il avait prononcés lorsqu'il avait rouvert les yeux, au moment où sa
mère sortait du cabinet, n'avait point parlé à Catherine depuis la scène qui avait amené la crise à laquelle

il avait failli succomber. Chacun, dans le Louvre, savait qu'il y avait eu une altercation terrible entre eux

sans connaître la cause de cette altercation, et les plus hardis tremblaient devant cette froideur et ce

silence, comme tremblent les oiseaux devant le calme menaçant qui précède l'orage.

Cependant tout s'était préparé au Louvre, non pas comme pour une fête, il est vrai, mais comme pour
quelque lugubre cérémonie. L'obéissance de chacun avait été morne ou passive. On savait que Catherine

avait presque tremblé, et tout le monde tremblait.

La grande salle de réception du palais avait été préparée, et comme ces sortes de séances étaient
ordinairement publiques, les gardes et les sentinelles avaient reçu l'ordre de laisser entrer, avec les

ambassadeurs, tout ce que les appartements et les cours pourraient contenir de populaire.

Quant à Paris, son aspect était toujours celui que présente la grande ville en pareille circonstance:
c'est-à-dire empressement et curiosité. Seulement quiconque eût bien considéré ce jour-là la population

de la capitale, eût reconnu parmi les groupes composés de ces honnêtes figures de bourgeois naïvement

béantes, bon nombre d'hommes enveloppés dans de grands manteaux, se répondant les uns aux autres par

des coups d'oeil, des signes de la main quand ils étaient à distance, et échangeant à voix basse quelques

mots rapides et significatifs toutes les fois qu'ils se rapprochaient. Ces hommes, au reste, paraissaient fort

préoccupés du cortège, le suivaient des premiers, et paraissaient recevoir leurs ordres d'un vénérable

vieillard dont les yeux noirs et vifs faisaient, malgré sa barbe blanche et ses sourcils grisonnants, ressortir

la verte activité. En effet, ce vieillard, soit par ses propres moyens, soit qu'il fût aidé par les efforts de ses

compagnons, parvint à se glisser des premiers dans le Louvre, et, grâce à la complaisance du chef des

Suisses, digne huguenot fort peu catholique malgré sa conversion, trouva moyen de se placer derrière les

ambassadeurs, juste en face de Marguerite et de Henri de Navarre.

Henri prévenu par La Mole que de Mouy devait, sous un déguisement quelconque, assister à la séance,
jetait les yeux de tous côtés. Enfin ses regards rencontrèrent ceux du vieillard et ne le quittèrent plus: un

signe de De Mouy avait fixé tous les doutes du roi de Navarre. Car de Mouy était si bien déguisé que

Henri lui- même avait douté que ce vieillard à barbe blanche pût être le même que cet intrépide chef des

huguenots qui avait fait, cinq ou six jours auparavant, une si rude défense.

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