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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2

- Allez le rejoindre, monsieur le comte. Oh! non point par la fenêtre; c'est bon dans les occasions
extrêmes. Vous pourriez être vu, et comme on ne saurait pas que c'est pour moi que vous vous exposez

ainsi, vous compromettriez la reine.

- Mais par où, Sire?

- Si vous ne pouvez pas entrer seul au Louvre, vous en pouvez sortir avec moi, qui ai le mot d'ordre.
Vous avez votre manteau, j'ai le mien; nous nous envelopperons tous deux, et nous traverserons le

guichet sans difficulté. D'ailleurs, je serai aise de donner quelques ordres particuliers à Orthon. Attendez

ici, je vais voir s'il n'y a personne dans les corridors.

Henri, de l'air du monde le plus naturel, sortit pour aller explorer le chemin. La Mole resta seul avec la
reine.

- Oh! quand vous reverrai-je? dit La Mole.

- Demain soir si nous fuyons: un de ces soirs, dans la maison de la rue Cloche-Percée, si nous ne fuyons
pas.

- Monsieur de la Mole, dit Henri en rentrant, vous pouvez venir, il n'y a personne. La Mole s'inclina
respectueusement devant la reine.

- Donnez-lui votre main à baiser, madame, dit Henri; monsieur de La Mole n'est pas un serviteur
ordinaire. Marguerite obéit.

- À propos, dit Henri, serrez l'échelle de corde avec soin; c'est un meuble précieux pour des
conspirateurs; et, au moment où l'on s'y attend le moins, on peut avoir besoin de s'en servir. Venez,

monsieur de la Mole, venez.

XII. Les ambassadeurs

Le lendemain toute la population de Paris s'était portée vers le faubourg Saint-Antoine, par lequel il avait
été décidé que les ambassadeurs polonais feraient leur entrée. Une haie de Suisses contenait la foule, et

des détachements de cavaliers protégeaient la circulation des seigneurs et des dames de la cour qui se

portaient au-devant du cortège.

Bientôt parut, à la hauteur de l'abbaye Saint-Antoine, une troupe de cavaliers vêtus de rouge et de jaune,
avec des bonnets et des manteaux fourrés, et tenant à la main des sabres larges et recourbés comme les

cimeterres des Turcs.

Les officiers marchaient sur le flanc des lignes.

Derrière cette première troupe en venait une seconde équipée avec un luxe tout à fait oriental. Elle
précédait les ambassadeurs, qui, au nombre de quatre, représentaient magnifiquement le plus

mythologique des royaumes chevaleresques du XVIe siècle.

L'un de ces ambassadeurs était l'évêque de Cracovie. Il portait un costume demi-pontifical,
demi-guerrier, mais éblouissant d'or et de pierreries. Son cheval blanc à longs crins flottants et au pas

relevé semblait souffler le feu par ses naseaux; personne n'aurait pensé que depuis un mois le noble

animal faisait quinze lieues chaque jour par des chemins que le mauvais temps avait rendus presque

impraticables.

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