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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2
certainement, il lui rend en gloire et en dévouement.
- Ma mère, dit Charles, à son départ de France, je doterai mon frère si richement que personne n'osera même penser ce que vous craignez que l'on dise.
- Allons, dit Catherine, je me rends, puisque vous avez une si bonne réponse à chacune de mes objections... Mais, pour recevoir ce peuple guerrier, qui juge de la puissance des États par les signes extérieurs, il vous faut un déploiement considérable de troupes, et je ne pense pas qu'il y en ait assez de convoquées dans l'Île-de-France.
- Pardonnez-moi, ma mère, car j'ai prévu l'événement, et je me suis préparé. J'ai rappelé deux bataillons de la Normandie, un de la Guyenne; ma compagnie d'archers est arrivée hier de la Bretagne; les chevau-légers, répandus dans la Touraine, seront à Paris dans le courant de la journée; et tandis qu'on croit que je dispose à peine de quatre régiments, j'ai vingt mille hommes prêts à paraître.
- Ah! ah! dit Catherine surprise; alors il ne vous manque plus qu'une chose, mais on se la procurera.
- Laquelle?
- De l'argent. Je crois que vous n'en êtes pas fourni outre mesure.
- Au contraire, madame, au contraire, dit Charles IX. J'ai quatorze cent mille écus à la Bastille; mon épargne particulière m'a remis ces jours passés huit cent mille écus que j'ai enfouis dans mes caves du Louvre, et, en cas de pénurie, Nantouillet tient trois cent mille autres écus à ma disposition.
Catherine frémit; car elle avait vu jusqu'alors Charles violent et emporté, mais jamais prévoyant.
- Allons, fit-elle, Votre Majesté pense à tout, c'est admirable, et pour peu que les tailleurs, les brodeuses et les joailliers se hâtent, Votre Majesté sera en état de donner séance avant six semaines.
- Six semaines! s'écria Charles. Ma mère, les tailleurs, les brodeuses et les joailliers travaillent depuis le jour où l'on a appris la nomination de mon frère. À la rigueur, tout pourrait être prêt pour aujourd'hui; mais, à coup sûr, tout sera prêt dans trois ou quatre jours.
- Oh! murmura Catherine, vous êtes plus pressé encore que je ne le croyais, mon fils.
- Honneur pour honneur, je vous l'ai dit.
- Bien. C'est donc cet honneur fait à la maison de France qui vous flatte, n'est-ce pas?
- Assurément.
- Et voir un fils de France sur le trône de Pologne est votre plus cher désir?
- Vous dites vrai.
- Alors c'est le fait, c'est la chose et non l'homme qui vous préoccupe, et quel que soit celui qui règne là-bas...
- Non pas, non pas, ma mère, corboeuf! demeurons-en où nous sommes! Les Polonais ont bien choisi. Ils sont adroits et forts, ces gens-là! Nation militaire, peuple de soldats, ils prennent un capitaine pour prince, c'est logique, peste! d'Anjou fait leur affaire: le héros de Jarnac et de Moncontour leur va comme
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